Unité 5: Mutations et structures démographiques

Objectifs didactiques: traitement des phases de l'évolution démographique en Europe centrale, en éclairant les caractéristiques et spécificités de l'Allemagne, dans une perspective historique et actuelle

Mots-clé: les phases de l'évolution démographique depuis le moyen âge, la transition démographique, l'immigration interne, l'émigration, la population d'aujourd'hui: caractéristiques démographiques et disparités régionales, pyramide des âges


Comme il est très difficile de définir historiquement l'Allemagne en tant que nation, la collecte de données historiques sur sa population s'avère elle aussi difficile. Sans pouvoir fournir des chiffres exacts, on peut constater en tout cas que la population de l'Europe dans son ensemble a subi d'importantes fluctuations dues aux guerres, aux maladies ou aux bouleversements spatiaux qui ont secoué ce continent. En ce qui concerne le moyen âge, on estime approximativement la population de l'Allemagne à 15 millions d'habitants en 1350. La peste noire a provoqué un brusque recul démographique: un siècle plus tard, l'Allemagne comptait moins de 10 millions d'habitants. Malgré une rapide remontée aux 17e et 18e siècles, les chiffres stagnent à nouveau en raison de nombreuses guerres. Ce n'est qu'en 1750 que le pays recouvre le nombre d'habitants qu'il avait 400 ans plus tôt. Néanmoins, l'Allemagne était à cette époque le pays le plus peuplé d'Europe après la France. La croissance du taux de natalité et le progrès des soins médicaux, quoique loin de pouvoir faire sensiblement reculer le taux de mortalité, montent en flèche au cours des deux siècles suivants. En 1800, l'Allemagne [1] comptait 25 millions d'habitants, en 1850 35 millions, en 1900 56 millions, en 1950 68 millions et en 1997 82,1 millions. Une analyse plus approfondie montre que l'Allemagne a suivi un parcours classique, tel qu'il est décrit dans le modèle de transition démographique.

L'Allemagne est l'un des pays européens qui a connu une industrialisation précoce, mais elle a souffert d'une surpopulation au 19e siècle. Il est certain que la rapide croissance industrielle de certaines régions a absorbé des centaines de milliers de personnes quittant leurs campagnes pour chercher une vie meilleure dans les villes, mais dans bien des cas, les conditions de vie n'y étaient pas meilleures que dans leurs régions d'origine, sinon pires. Pour beaucoup, l'alternative était l'émigration vers le Nouveau Monde, essentiellement les Etats-Unis, qui sont devenus la patrie de plus de 6 millions d'Allemands entre 1850 et 1950. Certains ont opté également pour le Canada, mais les chiffres sont moins importants: 1 million pour la même période. On retrouve les traces de ces émigrants [2] dans toute l'Amérique du Nord, dans des noms de famille ou de lieux, à travers le maintien de certaines coutumes ou de langages, ou de bien d'autres façons encore à travers lesquelles s'expriment les héritages transmis. Mais il faut mentionner également que l'Allemagne a fait venir à la fin du 19e siècle une main-d'œuvre bon marché. La Pologne, en particulier, a fourni à la région de la Ruhr des légions de travailleurs immigrés.

L'évolution démographique [3] de l'Allemagne a été marquée, juste après la Deuxième Guerre mondiale, par une augmentation de plus de 14 millions de personnes, pour la plupart des réfugiés expulsés des anciens territoires allemands de l'Est. Après 1949, lorsque se sont formées les deux Allemagnes, des centaines de milliers de personnes ont fui l'Allemagne de l'Est pour l'Allemagne de l'Ouest, jusqu'à la construction du mur de Berlin en 1961, qui a mis fin à ce mouvement. Les deux Allemagnes ont été réunies après la chute du mur en 1989 [4]. Après les années soixante, la population de la République fédérale d'Allemagne a continué d'augmenter (1960: 55,5 millions, 1974: 62,1 millions), malgré la baisse du taux de natalité, le plus bas de tous les pays industrialisés en 1973 (9,4 pour mille habitants). Cette augmentation est due à l'afflux de travailleurs immigrés vers la RFA, principalement de pays méditerranéens. Un grand nombre de ces travailleurs étrangers [5] et leurs familles ont choisi de rester en Allemagne. Ils sont aujourd'hui plus de 7,5 millions, ce qui représente près de 9 % de la population totale. Presque la moitié d'entre eux viennent de Turquie ou d'ex-Yougoslavie, beaucoup appartenant à la seconde ou troisième génération d'étrangers résidant en Allemagne, et se voient confrontés à des problèmes d'intégration sociale, aussi bien en Allemagne que dans leur pays d'origine.

Depuis 1974, le nombre total d'habitants n'a cessé de décliner, car l'arrivée de nouveaux travailleurs immigrés a été stoppée et le taux de natalité est resté très bas. Ce n'est que depuis la fin des années quatre-vingt que cette évolution s'est inversée, principalement en raison des milliers d'immigrants d'origine allemande, qui vivaient pour la plupart dans l'ancienne URSS, ainsi que du nombre croissant de demandeurs d'asile en Allemagne, estimés ensemble à 1,5 million.

De l'autre côté du rideau de fer (la frontière fortifiée entre les deux Allemagnes), la population de l'Allemagne de l'Est n'a pas non plus augmenté. Au contraire, de 18,8 millions en 1949, elle est tombée à 16,6 millions au cours des 40 ans d'existence de l'Etat est-allemand, et a même chuté actuellement à 14,1 millions dans les nouveaux Länder [6]. Lorsque les frontières se sont ouvertes en 1989, un flot d'émigrés a immédiatement déferlé de l'est vers l'ouest: plus de 2,5 millions à la recherche de meilleures conditions de vie (343.854 en 1989, 238.384 en 1990, etc.). Cette tendance s'est à peine ralentie et ce mouvement de migration va se poursuivre dans les années à venir, étant donné que le taux de chômage est élevé à l'est, que les salaires y sont un peu plus bas qu'à l'ouest, et que beaucoup de besoins de la vie quotidienne n'y sont pas satisfaits ou pas suffisamment pris en compte. On prévoit pour le futur une perte de 2 millions d'habitants, puisque aussi bien la croissance naturelle que le taux de migration resteront encore négatifs pour longtemps.

La régression du taux de natalité et l'allongement de l'espérance de vie au cours du 20e siècle ont eu pour conséquence un changement structurel de la pyramide démographique âge-sexe [7]. Celle-ci s'est radicalement modifiée avec le temps. En 1910, la proportion des plus de 65 ans était légèrement supérieure à 5 %. Peu après la Deuxième Guerre mondiale, ce pourcentage est passé à 10 %, pour atteindre 15 % en 1990. Si cette tendance se poursuit, on peut s'attendre à une augmentation de plus de 27 % d'ici 2030. Pour la même période, le nombre des moins de 14 ans a chuté de 43 % en 1910 à 23 % en 1950 et 16 % en 1992, et pourrait bien tomber à 13 % au cours des trois décennies à venir. Toujours selon les même sources, le nombre total d'habitants devrait modestement augmenter, passant de 82,1 à 83,8 millions d'ici l'an 2003, pour redescendre ensuite, lentement mais de façon continue, et tomber à 75 millions dans quelque 30 années (Aulis 6, p. 257).

Il a déjà été mentionné au chapitre 1 que l'Allemagne présente une forte densité de population, qui est cependant inégalement répartie. Mis à part les villes-Länder, à forte densité de population sur une surface très limitée, cette densité varie entre les Länder, allant de 80 habitants/m2 dans le Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale à 521 en Rhénanie du Nord-Westphalie. Chaque Land offre des informations détaillées sur site Internet [8]. La région allemande la plus peuplée est celle de la Ruhr rhénane, en Rhénanie du Nord-Westphalie (près de 11 millions de personnes habitent cette immense agglomération urbaine), suivie de Berlin et ses environs, une région en croissance rapide qui compte actuellement 4,5 millions d'habitants et pourrait bien atteindre 5,5 millions d'ici la fin du siècle. D'autres centres de concentration démographique sont la région du Rhin-Main autour de Francfort, du Rhin-Neckar autour de Mannheim et Ludwigshafen, ainsi que les villes et environs de Stuttgart, Munich, Hambourg, Brême, Hanovre/Braunschweig, Halle/Leipzig, Dresde, Nuremberg/Fürth et Sarrebruck. Mais d'autres régions présentent au contraire une très faible densité de population.

Questions à poser:
  • Comparez de façon générale les origines de la population des pays d'Europe/de l'Allemagne et du Canada.
  • Le modèle de transition démographique peut-il être appliqué à l'Amérique du Nord?
  • Essayez d'expliquer les flux migratoires entre l'Allemagne de l'Est et de l'Ouest après 1945 et 1990.
  • Réfléchissez aux conséquences découlant d'une société en vieillissement.
  • Comparez les chiffres de population de quelques villes allemandes en utilisant les informations données par l'Atlas National d'Allemagne [9].
Quiz interactif

[1] http://www.statistik-portal.de/Statistik-Portal/en/en_jb01_jahrtab1.asp
[2] http://www.oktoberfest.ca
[3] http://www.bmgs.bund.de/download/statistiken/stat2004/Stb2_1.xls
[4] http://www.dailysoft.com/berlinwall/index_de.html (27.08.2003)
[5] http://www.statistik-portal.de/Statistik-Portal/en/en_jb01_jahrtab2.asp
[6] http://www.statistik-portal.de/Statistik-Portal/en/en_jb01_jahrtab2.asp
[7] http://www.destatis.de/basis/e/bevoe/bev_svg_var.htm
[8] http://www.destatis.de/allg/e/link/linke981.htm
[9] http://www.ifl-leipzig.com/daten/deutsch/nationalatlas/demo/index2.htm (27.08.2003)


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