Unité 7: D'un pays agraire à un pays industrialisé

(Alfred Pletsch)

Objectifs pédagogiques: aperçu orienté autour de problèmes des principales phases des changements structuraux de l'économie depuis le moyen âge; identification et analyse critique des structures actuelles

Mots-clé: les processus de transformation, les manufactures, la phase d'industrialisation, le modèle de Fourastié, les changements structuraux du monde du travail, les secteurs de l'économie, les problèmes de l'agriculture, le remembrement, la réforme agraire, les structures industrielles, les ressources, le tourisme

En dépit de l'amorce précoce du processus de transformation économique, l'Europe dans son ensemble a été, jusqu'à il y a environ 250 ans, un continent essentiellement agricole. Jusqu'au haut moyen âge, l'économie était presque exclusivement destinée à satisfaire l'autoconsommation, et c'est seulement avec l'essor des villes que la nécessité d'un excédent de nourriture s'est fait sentir, pour alimenter les populations urbaines. Très rapidement, l'agriculture est devenue dépendante des possibilités de vente de ses produits. Selon W. Abel, un célèbre économiste, la chute dramatique de la consommation alimentaire résultant de l'épidémie de peste noire a ruiné des milliers de paysans en Europe centrale, et constitue l'une des raisons majeures de l'abandon des terres aux 14e et 15e siècles.

Mais de tels retours en arrière n'ont pas immobilisé la roue. Des systèmes de rotation des cultures plus effectifs remplacent graduellement le vieux système d'alternance sur deux phases (culture et jachère). En même temps, le marché des produits de manufacture augmente sous le patronage des corporations, le commerce dépasse de plus en plus le cadre régional, et devient même 'international': la Ligue de la Hanse (Hanse-Bund) fait de la mer Baltique l'un des carrefours commerciaux du Nord, et les Fugger établissent à Augsburg des relations commerciales régulières avec des centres du sud de l'Europe, comme Gênes ou Venise. De premiers centres marchands de foire se développent à Francfort-sur-le-Main, Leipzig et Cologne - sans tenir compte de certaines villes françaises sans doute encore plus importantes à cette époque. Un nouveau temps fort annonçant le passage à des modèles préindustriels des différentes sociétés européennes se produit au 17e siècle avec la philosophie du mercantilisme, lorsque les manufactures d'Etat remplacent le travail à domicile ou l'entreprise familiale, comme les tisserands, les meuniers, etc. En fait, le travail à domicile a toujours joué un rôle important en Allemagne, les fermes y étant généralement très petites et ne suffisant pas à la subsistance d'une famille. Beaucoup de paysans et leurs familles ont pratiqué une activité secondaire à côté de l'agriculture pour assurer leur survie.

Tout a changé avec le début de la révolution industrielle, qui s'est amorcée en Angleterre autour de 1730. Le remplacement du travail manuel par les machines (invention de la machine à vapeur par James Watt) sonne le glas de nombreux métiers manuels de tradition; d'un autre côté, il permet l'accès à d'autres ressources comme les gisements de charbon et de minerai qui deviennent la base essentielle de branches économiques totalement nouvelles. Mais il faut bien se rappeler que jusqu'à l'aube du 19e siècle, presque 80 % de la population active en Europe exerçait un métier du secteur primaire, à savoir avant tout l'agriculture. Avec l'essor de l'industrialisation, la répartition sectorielle de l'emploi change rapidement, suivant les tendances qui ont été décrites par l'économiste J. Fourastié. Le pourcentage de la population active dans le secteur primaire a chuté considérablement en Allemagne durant la seconde moitié du 19e siècle, passant de 80 % en 1850 à 43 % en 1885. En 1939, le secteur primaire ne comptait plus que 25 %, et en 1970, il était tombé à 8 %. Pendant la même période, le secteur secondaire est passé de 13 % en 1850 à 34 % en 1884, puis à 41 % en 1939, pour atteindre 49 % en 1970, tandis que le secteur tertiaire a grimpé de 7 % en 1850 à 43 % 120 ans plus tard.

Les chiffres actuels ont encore considérablement changé par rapport à 1970. Selon l'Office fédéral de la statistique, la répartition de l'emploi [1] en 1997 a été la suivante:

Primaire Secondaire Tertiaire
1991 1997 1991 1997 1991 1997
Anciens Länder 3,5% 2,7% 40,4% 34,5% 56,1% 62,8%
Nouveaux Länder 7,4% 3,8% 43,3% 33,4% 49,3% 62,8%
Source: Statistisches Jahrbuch der Bundesrepublik Deutschland [2]


Il existe une différence sensible entre les anciens et les nouveaux Länder allemands dans le secteur industriel. L'industrie des nouveaux Länder a été réduite à néant depuis la réunification (tableau 2). Une comparaison avec d'autres pays industriels du monde occidental révèle que l'Allemagne a suivi la tendance générale. L'agriculture [3] joue un rôle mineur au sein de l'économie allemande, avec moins de 3 % de la population active. Il faut cependant mentionner que ce secteur représente près de 10 % du P.I.B., ce qui est un indice des grandes performances de la production agricole [4].

Mais il y a bien des handicaps. Un problème majeur est la taille relativement modeste des fermes [5]. La taille moyenne est de 23,6 hectares (1997, correspond à 60 acres), ce qui est trop peu pour faire tourner une ferme. Là aussi, le poids du passé se fait sentir. En particulier les lois se rapportant au droit de succession, en vigueur depuis des centaines d'années, ont fait éclater dans certaines régions les exploitations agricoles en d'infimes unités: beaucoup d'entre elles avaient moins de 5 hectares. Le principe de ces lois était de partager une ferme entre les différents enfants d'une famille. Pour faire revenir à tous une part égale, les lots de terrain étaient généralement divisés. Près de 30 % de toutes les fermes allemandes appartiennent encore aujourd'hui à la catégorie d'exploitations de moins de 5 hectares. Le remembrement est une nécessité majeure pour réajuster cet état de fait aux exigences modernes, c'est-à-dire la restructuration des modèles de zones rurales visant à rassembler les lots éparpillés en de plus grandes unités, mais aussi en même temps, à supprimer les fermes non viables. Les fermes de plus de 100 hectares sont encore exceptionnelles, du moins dans les anciens Länder [6] (seulement 2,8 %). Les nouveaux Länder [7] sont encore marqués par l'héritage de la réforme agraire socialiste mise en place du temps de la RDA: les fermes de plus de 100 hectares y sont presque 10 fois plus nombreuses (26,4 % en 1997).

L'importance du secteur secondaire en Allemagne est encore assez prononcée en comparaison avec d'autres pays industrialisés. La production industrielle est considérée depuis 200 ans comme le bastion de l'économie allemande et le label 'made in Germany', dont les Allemands sont fiers, est presque devenu, y compris pour les responsables politiques, quelque chose comme une marque déposée. Malgré les très nettes mutations de l'économique mondiale, l'Allemagne a essayé de protéger son industrie en accordant de substantielles subventions au cours des dernières décennies, particulièrement dans le secteur de l’industrie lourde. Mais ce secteur est très touché par le chômage [8] depuis la crise de l'acier et du pétrole au début des années 70. La réunification a entraîné de graves problèmes, surtout dans les nouveaux Länder. Bien qu'ayant été l'une des plus performantes de l'ère socialiste, l'industrie de l'Allemagne de l'Est s'est révélée incapable d'être concurrentielle dans une économie de marché très développée. La productivité y est beaucoup plus faible qu'à l'ouest, en raison d'une infrastructure insuffisante et d'un équipement arriéré. Un indicateur est le P.I.B. moyen [9] par habitant qui s'élevait en 1997 à 48.300 deutschemarks dans les anciens Länder, et à seulement 27.400 deutschemarks dans les nouveaux Länder.

Les bastions traditionnels de l'industrie allemande sont l'industrie lourde et l'industrie de transformation. Mais la quantité restreinte de ressources minérales dont dispose le pays constitue un handicap. L'Allemagne doit importer beaucoup de matières premières, comme le minerai de fer, le pétrole et le gaz naturel. L'exploitation des gisements de charbon de la Ruhr, autrefois très riches, a décliné à cause de la compétitivité ainsi que des nouveaux processus de production et besoins. La Ruhrkohle AG [10], par le passé la plus importante compagnie minière de la Ruhr, est devenue une société très accomplie qui cherche à répondre aux nouveaux défis économiques. Il ne reste actuellement que très peu de mines. La région, autrefois considérée comme le centre d'appareillage de l'Europe, s'est considérablement transformée [11] au cours des dernières décennies et a retrouvé à présent un nouvel équilibre, après bien des années critiques. Le secteur industriel le plus performant d'Allemagne est l'industrie automobile. Des marques comme Mercedes [12], BMW [13], Volkswagen [14], etc. ont une réputation mondiale. L'Allemagne arrive dans ce secteur de production au troisième rang après les Etats-Unis et le Japon. Les fusions récentes (Volkswagen et Rolls Royce, Mercedes et Chrysler) illustrent bien la dimension internationale de ce secteur. L'industrie chimique [15] et électronique [16] occupent également une place importante. De nouvelles industries de haute technologie se sont développées, en particulier dans les centres urbains en croissance, comme Stuttgart et Munich.

On ne peut ici que mentionner brièvement la large gamme de services fournis par l'économie allemande. Le commerce intérieur [17], qui repose sur une longue tradition, ainsi que le commerce international [18] jouent encore un rôle très important, à la fois du fait que l'économie de l'Allemagne est solide de façon générale, et que ce pays est situé au cœur de l'Europe et accessible par tous les moyens de transport et de communication modernes. Le tourisme [19] est un autre secteur important, particulièrement en Allemagne du Sud, qui offre de très pittoresques paysages comme les Alpes, la Forêt-Noire [20], etc., mais aussi de féeriques châteaux, comme celui de Neuschwanstein [21], près de Füssen, qui ressemble à un décor de Disneyland, et est l'un des lieux les plus fréquentés par les touristes de toute l'Allemagne.

Questions à poser: Quiz interactif

[1/2] http://www.destatis.de/basis/e/erwerb/erwerbtab1.htm
[3] http://www.destatis.de/basis/e/forst/forsttxe.htm
[4] http://www.destatis.de/basis/e/forst/forsttab3.htm
[5] http://pro.agrar.hu-berlin.de/cdrom/bmelf/Zahlen/folien/folie12.htm
[6] http://www.destatis.de/basis/e/forst/forsttab1.htm
[7] http://www.destatis.de/basis/e/forst/forsttab2.htm
[8] http://www.bmgs.bund.de/download/statistiken/stat2004/Stb2_10.xls
[9] http://www.goethe.de/gr/dub/projekt/enipbrd2.htm
[10] http://www.ruhrkohle.de/indexe.htm/indexe.htm
[11] http://www.route-industriekultur.de/steuer/menue/menue_e.htm
[12] http://www.mercedes-benz.com/e/default.htm
[13] http://www.bmw.com/bmwe/index.shtml
[14] http://www.volkswagen.de/home_e/index_.htm
[15] http://www.vci.de/default.asp?cmd=shd&docnr=66209&lastDokNr=90710
[16] http://www.siemens.com/
[17] http://www.destatis.de/basis/e/bihan/bihantxt.htm
[18] http://www.destatis.de/basis/e/aussh/aushtab2.htm
[19] http://www.destatis.de/basis/e/tour/tourtxt.htm
[20] http://www.schwarzwald.de/gallery
[21] http://www.neuschwanstein.com
[22] http://www.ruhrkohle.de/indexe.htm/indexe.htm
[23] http://www.braunkohle.de

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