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Objectifs didactiques: Aperçu général des principales phases de la genèse de l’espace rural en Allemagne depuis le néolithique; classification
fonctionnelle et génétique des types d’habitat et de fermes, en tenant compte des différences régionales; prise de conscience de l’importance de la préservation du patrimoine culturel et du réaménagement des sites ruraux.
Mots-clé: Espace rural, classification historico-génétique de l’habitat rural, phases de colonisation et méthode des noms de lieux, régions d’habitat ancien / régions d'habitat récent, types d’habitat génétiques, habitats de croissance naturelle / habitats planifiés, types de maisons / fermes, types de villages, réaménagement des sites ruraux. |
Il s'avère difficile de caractériser
l’espace rural de façon générale, d’autant que l’on
n’en trouve dans la littérature aucune définition d’ensemble.
Au regard de la loi fédérale allemande d’aménagement
du territoire, il s’agit de toutes les régions dans lesquelles les
paysages et habitats restent essentiellement marqués par l’agriculture [1]
et ne présentent pas de zones de concentration de type urbain.
Cette unité n’a pas pour propos
de traiter toutes les problématiques relatives à l’espace
rural, mais seulement de dégager quelques aspects essentiels des
habitats ruraux d’Europe centrale quant à leur classification historico-génétique
et leur typologie. Il faut pour ce faire remonter jusqu’au néolithique,
époque à laquelle certains groupes humains deviennent sédentaires,
en particulier dans les régions d’Europe centrale qui offrent des
conditions de vie favorables. Les régions montagneuses,
par contre, ont toujours été soumises, pour différentes
raisons, à de plus fortes fluctuations de la présence humaine.
La phase initiale du développement
de l’espace rural ne peut être reconstituée qu’à travers
l’archéologie. Les fouilles archéologiques ont permis de
découvrir de nombreux vestiges remontant au premier millénaire
av. J.-C. On a pu apporter la preuve de l’existence de formes d’activités
agricoles (champs-blocs ou champs parcellaires-blocs) sur les territoires
de l’ancienne Germanie (Born, 1957), mais on ne sait encore que très
peu de choses sur ces habitats. Les indices deviennent plus concrets pour
les régions d'ancienne colonisation romaine qui s'étendaient
entre le Rhin, le Main et le Danube. Ces régions comportaient un
réseau très dense de grandes villas (propriétés)
entourées de champs aménagés selon un système
régulier de centurie. Mais on a perdu la trace de la plupart de
ces habitats protohistoriques, détruits à l'époque
des grandes invasions.
L’Empire franc, qui se développe
aux alentours de l’an 500 apr. J.-C. avec l’avènement des Mérovingiens,
marque le début d'une nouvelle phase du développement rural.
Au cours de la colonisation franque, de nombreuses fermes isolées
apparaissent, surtout dans les régions d’Europe centrale qui offrent
des conditions de vie propices. Peu à peu, ces fermes se regrouperont
pour former des hameaux, ou des villages (surtout de type village en tas).
On peut facilement identifier les noms de ces habitats à leurs terminaisons:
celles-ci renvoient au lieu lui-même (par ex. –haus, -dorf, etc.),
ou bien à la topographie du lieu (-berg, -tal, etc.). La colonisation franque se limite aux territoires déjà occupés par l’homme, donc aux régions d’habitat ancien (Altsiedelland),
dans lesquelles se développent au cours du temps d'assez fortes
concentrations démographiques. Sur les bas-côteaux des montagnes
de moyenne altitude, l’homme commence même à défricher.
La phase de défrichement proprement
dite se situe à l’époque du haut moyen âge (X-XIIe
siècles), qui connaît une rapide croissance démographique,
époque aussi à laquelle la noblesse et le clergé s’efforcent
d’étendre leurs territoires, pour renforcer encore leur assise économique.
Dans les régions de moyenne altitude, en particulier, le processus
de colonisation s’effectue sous forme de défrichement systématique,
donc de façon planifiée, ce qui se reflète dans les
types réguliers de fermes et de champs. Les habitats formés
à cette époque sont particulièrement caractéristiques
des paysages de montagnes moyennes d’Europe centrale.
Les régions orientales d’Europe
centrale ont connu une évolution quelque peu différente.
Les régions situées à l’est de l’Elbe, de la Saale
et de la Forêt de Bohême, habitées depuis les grandes
invasions par une population, essentiellement slave, de faible densité
démographique, ont été systématiquement remodelées
lors du processus appelé "Ostkolonisation" [2]
(colonisation allemande des territoires de l’est), initiée par les
différents souverains du pouvoir temporel ou de l’Église,
qui recrutèrent des colons par l’entremise de chevaliers chargés
de veiller à la bonne répartition des terres (Lokatoren).
En Prusse orientale, l’Ordre
des Chevaliers Teutoniques [3] a joué dans ce processus un rôle
tout particulier (fondation de l’État de l’Ordre des Chevaliers
Teutoniques). Les colons s’installèrent soit sur des terres vierges
et inhabitées, soit dans le voisinage des habitats slaves qui existaient
déjà. Ces nouveaux territoires de colonisation furent eux
aussi aménagés selon un modèle régulier, les
types prédominants étant les villages-rue et de pacage public.
On désigne globalement les régions d'habitat datant du haut
moyen âge du nom de régions d'habitat récent (Jungsiedelland).
En raison de ces processus, l’extension
de l’espace rural atteindra à la fin du haut moyen âge une
ampleur inégalée. A partir de la moitié du XIVe siècle,
on assiste à un dramatique recul des habitats dû à
toute une série d’épidémies [4], de guerres, etc., qui entraînèrent à la fin du moyen âge une chute démographique de près
de 40 % et l'abandon de près d’un tiers des habitats. Cette phase
de désertification, qui ne sera surmontée qu’au début
du XVIe siècle, peut être considérée comme la
plus grave césure de l’histoire du développement de l’habitat
humain en Europe centrale.
Une dernière phase de colonisation
de l’espace rural se situe à l’époque de l’absolutisme. Durant
cette période, de nouveaux défrichements sont entrepris,
qui sont cependant loin d’atteindre l’ampleur de ceux du haut moyen âge.
Le XVIe siècle connaît un considérable développement
des habitats ruraux, parfois accompagné de sensibles restructurations
sociétales. Partout, de nouvelles fermes apparaissent, en particulier
dans le nord et l’est de l’Allemagne. Ce processus se poursuit aux XVIIe
et XVIIIe siècles de façon planifiée, les souverains
absolutistes orchestrant la plupart du temps la colonisation de nouveaux
territoires, en particulier celle des régions de marais et de tourbières
d’Allemagne du Nord, aux villages et champs de type régulier.
Les territoires de colonisation
d’Europe centrale présentent une image très différenciée:
ils ont été façonnés au cours du temps par
leur géographie et leur histoire. De multiples facteurs, tels que
le contexte culturel, les matériaux de construction disponibles,
les influences ethniques et autres, permettent d’en cerner les particularités.
L’identification systématique des habitats ruraux [5] repose donc sur de multiples
critères, dont les plus significatifs sont la taille, la configuration
et la densité bâtie.
En ce qui concerne la taille, il convient
de faire la distinction entre les habitats dispersés et les habitats
groupés. Les habitats dispersés consistent quelquefois en une
seule ferme, qui peut cependant être composée de plusieurs
bâtiments. Plusieurs fermes assez rapprochées forment un hameau.
Un village [6]
dispose en général d’autres infrastructures, telles qu’une
église, une école, un bâtiment administratif, etc.
On trouve surtout des habitats dispersés dans l’Allgäu et dans
certaines régions de Westphalie et de l’Allemagne du Nord, tandis
que les habitats groupés sont particulièrement représentés
au coeur de l’Allemagne et dans l’actuel Bade-Wurtemberg, au sud-ouest
du pays.
Le plan général d’un habitat
résulte de la disposition des différentes constructions les
unes par rapport aux autres et de leur situation par rapport aux rues,
ruisseaux et places. Les habitats linéaires ont épousé
des lignes d’orientation tels qu'un chemin, la ligne d’un cours d’eau ou
le tracé d’une vallée. Dans ce type d’habitat, les maisons
sont alignées les unes à côté des autres. Les
chemins conduisent en général directement du bâtiment
de la ferme aux champs, comme par ex. dans les villages alignés
à lanières longues (Waldhufendorf,)
ou dans les villages alignés des marais (Marschhufendorf). Ces habitats
se sont développés avant tout pendant la phase de défrichement
et de colonisation du haut moyen âge. Dans le village-rue,
l’élément central est formé, comme le nom l’indique,
par une rue, le long de laquelle les fermes s’alignent des deux côtés.
Ce type d’habitat s’est surtout développé durant la période
de colonisation des territoires à l’est de l’Elbe. A peu près
à la même époque, apparaissent de nombreux villages
d'un autre type, où les maisons sont groupées autour d'une
place centrale (Platzdorf), par ex. les villages ronds (Rundling) (photo [7];
plans horizontaux). Lorsque la place centrale du village [8] est plutôt
allongée on parle de Angerdorf [9]
(dérivé du mot "Anger": place centrale, qui servira souvent
par la suite d'emplacement pour l'église ou l'école). En règle générale, les villages à place centrale ainsi que les villages-rue disposent d’un finage irrégulier avec
un parcellaire assez dispersé (Gemengefeldflur).
Il existe de grandes divergences régionales
en ce qui concerne la densité bâtie, c'est-à-dire l'espace
séparant les différentes maisons/fermes. Les villages du
sud-ouest de l'Allemagne, où le droit de partage réel (les
enfants héritent à parts égales de leurs parents)
a été pratiqué des siècles durant, présentent
une densité particulièrement forte: cette pratique a entraîné
de fréquents démembrements et agrandissements de maisons/fermes
dans les villages. La densité bâtie est bien moindre dans
les régions de droit d'aînesse (l'aîné des enfants
hérite seul de la ferme parentale). Les régions d'habitat
dispersé d'Allemagne du Nord présentent la densité
la plus faible de tout le pays.
Le type de village le plus répandu en Allemagne est le village en tas ou tassé (Haufendorf), qui se caractérise généralement par un plan irrégulier, résultant
d'une longue croissance progressive. C'est pourquoi on le désigne
aussi sous le nom d'habitat développé (gewachsene Siedlungen).
Parallèlement, on trouve également des types de villages
au plan régulier, qui sont le plus souvent le résultat d'une
planification voulue par un agent colonisateur (noblesse, Église,
souverains territoriaux). Ces villages d'habitat planifié (geplante
Siedlungen) se sont généralement développés
en un laps de temps assez court, ou dans le cadre d'une campagne de colonisation.
Les plans des habitats ruraux ne révèlent
souvent pas grand-chose des réalités sociales de la vie rurale,
bien qu'ils se prêtent quelquefois à certaines interprétations.
Les villages uniformes de digue et de marais, par exemple, permettent de
mettre en évidence une stratification sociale très équilibrée.
Ce sont les villages tassés, avec leurs formes très variées
de maisons et de fermes, qui reflètent le plus fidèlement
les conditions sociales de la population villageoise, parfois particulièrement
complexes. De façon générale, l'Europe centrale présente
de grandes disparités régionales, de sorte que toute interprétation
globale serait aventureuse.
Il convient également de tenir comptede quelques critères de classification essentiels se rapportant aux formes des
maisons [10] des fermes, comme par ex. la taille, la forme extérieure
des bâtiments, la disposition de ces derniers les uns par rapport
aux autres, la concentration de différentes fonctions à l'intérieur
d'un seul bâtiment ou leur répartition sur plusieurs bâtiments,
le nombre d'étages, le nombre de bâtiments pour une seule
et même ferme. Lorsque la ferme n'a qu'un seul bâtiment, on
parle de ferme-bloc (Einheitshof): dans ce cas, habitation et communs sont
aménagés sous un même toit. Ce type de ferme présente
de grandes disparités régionales. En Allemagne du Sud, la
ferme-bloc est aussi souvent appelée Ernhaus. La "Schauinslandhaus" [11]
de l'écomusée de la ville de Gutach en est un exemple typique.
On trouve ce type de maison avant tout en Forêt-Noire et dans les
Préalpes. Les pièces d'habitation et les communs y sont disposés
perpendiculairement [12]
à la ligne de faîte. En Allemagne du Nord, au contraire, les
différentes pièces sont disposées parallèlement [13] au faîte (Hallenhaus de Basse-Saxe [14], Gulfhaus [15],
Haubarg [16]).
Dans une ferme dissociée (Mehrbauhof), les bâtiments sont séparés selon leurs fonctions respectives: la plupart du temps, on trouve les étables et les communs d'un côté,
et l'habitation de l'autre. Il existe également de nettes différences
architecturales entre les fermes dissociées d'Allemagne du Nord [17] et celles d'Allemagne du Sud [18]. Enfin, il faut faire la distinction entre les bâtiments
de ferme dispersés (Streuhof) et les bâtiments de ferme massés
(Haufenhof). Le type
de ferme le plus répandu en Europe centrale respecte un plan
régulier à deux,
trois [19] ou quatre côtés [20], le portail donnant sur la rue.
Le paysage humain de l'Allemagne est très marqué par ses habitats ruraux. Ceux-ci ont considérablement évolué au cours du XXe siècle, et ont perdu beaucoup
de leurs attributs traditionnels. Aujourd'hui, la population rurale n'est
plus uniquement centrée sur l'agriculture, comme c'était
encore parfois le cas dans un passé récent. Les habitats
ruraux se sont diversifiés: ils abritent à présent
une population non agricole, accueillent des industries, se reconvertissent
en centres de repos et de loisirs, etc. Mais au fil de cette évolution,
les Allemands ont aussi pris conscience de la valeur culturelle que représentent
les habitats ruraux traditionnels. De nombreuses communes s'efforcent,
dans le cadre de programmes
de réaménagement des sites ruraux [21], de préserver
leur patrimoine culturel, afin de pouvoir le transmettre aux générations
futures.
Questions et devoirs:
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[1]
http://www.bml.de/france/daten-und-fakten2000-franz/frkap01.htm
[2]
http://www.genealogienetz.de/reg/SUD/hist/Kapitel_02.htm
[3]
http://www.deutscher-orden.at/d/geschichte.htm
[4]
http://www.scaryplace.com/plaguemap1.jpg
[5]
http://www.aeiou.at/aeiou.encyclop.s/s567496.htm
[6]
http://www.aeiou.at/aeiou.encyclop.d/d764705.htm
[7]
http://www.uni-mannheim.de/mateo/verlag/diss/ott/foto16.htm
[8]
http://de.wikipedia.org/wiki/Dorf
[9]
http://www.uni-marburg.de/herder-institut/bilder/anger2.jpg
[10]
http://www.aeiou.at/aeiou.encyclop.h/h728865.htm
[11]
http://www.vogtsbauernhof.org/pages/rundgang/schauins.html
[12]
http://www.aeiou.at/aeiou.encyclop.data.image.h/h728865c.jpg
[13]
http://www.museumsdorf.de/dorf/rundgang/objekte/bilder/awick_1_gross.jpg
[14]
http://www.museumsdorf.de/dorf/rundgang/objekte/bilder/awick_3_gross.jpg
[15/22]
http://www.museumsdorf.de/dorf/rundgang/exkurse/gulfhaus.php
[16]
http://www.strand-express.de/Seite_21.htm
[17]
http://www.museumsdorf.de/dorf/rundgang/fotos/hof_haake.jpg
[18]
http://www.aeiou.at/aeiou.encyclop.data.image.h/h728865d.jpg
[19]
http://www.aeiou.at/aeiou.encyclop.data.image.h/h728865b.jpg
[20]
http://www.aeiou.at/aeiou.encyclop.data.image.h/h728865a.jpg
[21]
http://www.dorfderzukunft.de/
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