|
Objectif didactique: Caractérisation du système urbain allemand dans son évolution et ses spécificités (approfondissement de l'unité 1.6), et aperçu des changements à venir résultant de la réunification, des processus de concentration autour de Berlin, la capitale, et de l'intégration dans le système urbain européen.
Mots-clé: Système urbain, répartition rang-taille, spécialisation des fonctions, régions de densification, politique d'aménagement du territoire, égalité des conditions de vie, réforme territoriale, choix de la capitale, l'Europe des régions, réseau interurbain. |
Les spécificités suivantes se dégagent d'une comparaison [1] du système urbain allemand avec celui d'autres pays industrialisés:
Le système urbain allemand ne comporte aucune ville prépondérante (Primatstadt), caractéristique due entre autres à la longue division de l'Allemagne, qui a empêché Berlin d'acquérir une position de monopole.
Il existe beaucoup de villes [2] de 200.000 à 600.000 habitants, ce que montre bien la courbe légèrement convexe de la répartition rang-taille des villes [3].
Tandis que les villes de faible et moyenne importance (< 20.000) sont concentrées dans l'ouest et le sud-ouest du pays, les grandes villes sont assez bien réparties sur tout le territoire, avec comme points cardinaux Hambourg au nord (deuxième ville) et Munich au sud (troisième ville), Berlin (première ville) à l'est et Cologne (quatrième ville) à l'ouest.
Les grandes villes se caractérisent par une forte spécialisation sectorielle des fonctions.
Les agglomérations Rhin-Ruhr, Rhin-Main et Rhin-Neckar, des régions de forte urbanisation qui ont fini par se souder, forment des régions de densification polycentriques en contraste avec les régions assez peu urbanisées du nord, nord-est, sud-est, et des montagnes moyennes de l'Allemagne.
Les structures du système urbain allemand remontent à la phase de fondation des villes aux XIIe et XIIIe siècles. Dès cette époque, s'est formé un dense réseau urbain qui n'a pas connu de modifications essentielles jusqu'au XIXe siècle. Ce n'est qu'à partir de la phase d'industrialisation que de nouvelles impulsions ont eu lieu. C'est alors en effet que se sont développés, sur la base des matières premières existantes, les grands bassins industriels fortement urbanisés du Rhin, de la Ruhr [4] et de la Sarre [5]. L'industrie de transformation en plein essor a favorisé une structure différenciée du système urbain et conduit à une intensification des interpénétrations urbaines. L'urbanisation [6] a continuellement augmenté, de façon même presque démesurée à partir de la fondation, en 1871, de l'Empire allemand, dont Berlin, la capitale, a connu jusqu'aux années 20 un véritable boom démographique [7], mais aussi une concentration de fonctions les plus diverses. Cette tendance s'est renforcée sous le régime nazi, de sorte que la capitale du Reich est devenue temporairement dans les années 30 la ville allemande prépondérante.
Le système urbain s'est considérablement modifié à la suite de la division du pays en deux États. Berlin, ville divisée, a perdu - du moins pour la République fédérale - sa position de monopole. En outre, on assiste alors à un mouvement migratoire massif des anciens territoires allemands de l'Est et de la RDA (ou de la zone d'occupation soviétique) vers l'Allemagne de l'Ouest. Entre 1945 et 1961, 10 millions de réfugiés cherchent une nouvelle patrie en République fédérale (Blotevogel/Hommel 1980: 156). Cette vague d'immigration ne s'est pas limitée qu'aux grandes villes très détruites par la guerre; les réfugiés sont venus surtout peupler des villes moyennes et petites dans lesquelles les conditions de vie étaient nettement meilleures. La fondation de la République fédérale en 1949 a renforcé de par ses structures fédératives un système urbain historiquement déjà très décentralisé. Chacun des Länder nouvellement créés a sa propre capitale [8], qui réunit des fonctions administratives et gouvernementales. En compensation d'avoir choisi Bonn comme nouvelle capitale fédérale [9], le gouvernement fédéral a encouragé la spécialisation de fonctions des grandes villes allemandes. C'est ainsi que la ville de Francfort est devenue la capitale financière [10] de l'Allemagne de l'Ouest et abrite la Banque fédérale. Hambourg s'est imposée comme ville des médias de la presse [11]. Cologne, tout d'abord siège de grandes compagnies d'assurance, est devenue une grande cité des médias et des arts [12]. Munich est le centre de l'industrie cinématographique [13].
Ce système de répartition des différentes fonctions entre les villes (Regionalstadtsystem) a également été encouragé par une nouvelle politique en matière d'éducation. Dans les années 60, le cercle des villes universitaires traditionnelles [14], telles que Tübingen, Heidelberg ou Marburg, s'est élargi à d'autres cités comme Constance, Siegen ou Bochum [15], premier centre universitaire du bassin de la Ruhr qui illustre particulièrement bien les efforts entrepris très tôt par le gouvernement fédéral et les différents Länder pour promouvoir la restructuration des régions d'industrialisation ancienne touchées par la désindustrialisation et y développer des activités du secteur tertiaire. Les années 60 et 70 ont été globalement marquées au niveau régional par de considérables changements structurels. D'une part, les régions d'Allemagne du Sud, peu touchées par les nuisances environnementales et porteuses d'innovations, ont gagné en importance, tandis que les régions d'industrialisation ancienne et les régions périphériques se sont dépeuplées et ont perdu de leur puissance économique, ce qui a débouché sur un fort clivage nord-sud. D'autre part, un net déplacement démographique s'est effectué à l'intérieur des régions vers la périphérie des villes, phénomène appelé suburbanisation (Suburbanisierung). De plus en plus s'impose alors la nécessité de mettre en place des mesures d'aménagement du territoire.
Le gouvernement fédéral et les différents gouvernements des Länder ont répondu à cet impératif à plusieurs niveaux. Au niveau fédéral, a été votée en 1965 une loi d'aménagement du territoire (Raumordnungsgesetz) [16] dont le but principal était d'assurer l'égalité des conditions de vie dans toutes les régions de la République fédérale. Pour éviter l'exode rural et une condensation démographique toujours plus forte dans les régions de concentration (Ballungszentren) déjà saturées, on a voulu créer un système équilibré de lieux centraux (zentrale Orte) [17]. Les programmes conjugués de la Fédération et des Länder ont débouché sur différents types de villes et de régions urbaines (Stadtregionen). En outre, les régions de densification (Verdichtungsräume), ainsi que les régions périphériques - comme par ex. la région frontalière entre l'Allemagne de l'Ouest et de l'Est, l'Emsland, ou les régions de montagnes moyennes ont été encouragées dans leur développement à travers diverses mesures, en particulier ce qu'on appelle les "missions de collectivité" (Gemeinschaftsaufgaben) [18]. Ces actions entreprises au niveau de la Fédération ont été complétées au niveau des Länder par de profondes réformes communales et cantonales répondant aux interpénétrations croissantes des régions urbaines. Eu égard aux déplacements quotidiens massifs de personnes faisant la navette entre leur domicile et leur lieu de travail, à la détresse budgétaire des grands centres urbains face à l'accroissement des recettes fiscales des communes périphériques, et aux frais de gestion élevés résultant du grand nombre de petites communes, un réaménagement du découpage administratif traditionnel s'imposait, qui a été finalement réalisé en 1978, non sans avoir rencontré la résistance de quelques petites villes [19] et communes. Ainsi, en Rhénanie du Nord-Westphalie, le nombre de communes est passé de 2300 (1970) à 396 (1978). Les nouveaux Länder ont également fait l'objet de semblables réformes territoriales depuis 1990.
Le système urbain de la RDA [20] se distinguait radicalement de celui de l'Allemagne de l'Ouest. Le partage traditionnel en deux grands espaces différemment structurés - le Nord peu urbanisé et agricole, et le Sud urbanisé et fortement industrialisé a été encore renforcé par la politique d'aménagement du territoire de la RDA. A la différence du système fédératif [21] de la République fédérale, la RDA était régie par un système étatique de planification centrale socialiste. Comme la construction de nouveaux bâtiments ou maisons se concentrait avant tout sur les centres urbains industriels, les moyennes et petites villes, surtout celles du Nord, étaient touchées par une constante décroissance démographique. Mais contrairement à l'Allemagne de l'Ouest, une suburbanisation ne s'est pas développée à la périphérie des grandes villes. En outre, Berlin-Est, la capitale de la RDA, a gardé sa position dominante. Les autres fonctions administratives, comme par ex. le siège des conseils d'arrondissement, ont été généralement attribuées indépendamment de la trame historique existante. Au niveau de l'aménagement du territoire allemand tout entier, la réunification a fait naître le désir non seulement de surmonter les disparités régionales de l'Allemagne de l'Est, mais aussi de refondre ensemble les deux systèmes urbains, ce qui passe essentiellement par un développement de l'infrastructure. Cependant, dix ans après la réunification, la division est encore loin d'être surmontée, comme le montrent bien les réseaux d'électricité et d'autoroutes. Il existe encore de considérables carences à combler, précisément en ce qui concerne la planification des transports, comme la création de nouveaux axes à l'intérieur du réseau ferroviaire [22] et le réaménagement d'anciennes liaisons est-ouest.
La décision, à la suite de la réunification, de choisir Berlin comme capitale et futur siège [23] du gouvernement allemand, s'est répercutée sur bien des domaines dépassant le seul système urbain. Le 20 juin 1991, 338 parlementaires ont voté en faveur de Berlin comme siège du gouvernement, l'emportant de justesse contre 320 parlementaires se prononçant pour Bonn (Laux 1991: 543). Cette décision est encore controversée à l'heure actuelle. A côté des coûts élevés, les adversaires de Berlin craignaient surtout que le système urbain ne se modifie durablement en raison de la concentration des fonctions [24] dans la "nouvelle ancienne" capitale. Le développement actuel de la métropole - qui se manifeste en particulier à travers d'ambitieux projets de construction sur la Potsdamer Platz et dans le quartier gouvernemental - laisse déjà présager un boom économique et culturel. Cependant, une complète restructuration de la répartition des différentes fonctions au sein du système urbain allemand n'est pas en vue, et Berlin n'aura certainement pas cette position de monopole [28] qu'exerce par exemple Paris.
Au cours des dernières décennies, les villes et régions allemandes ont su se forger un profil, et leur vitalité nourrit tous les espoirs de voir perdurer un système urbain équilibré et polycentrique. D'autre part, le développement du système urbain allemand se retrouve de toute façon à présent englobé dans des processus plus vastes, de dimension européenne et internationale. En ces temps de mondialisation et d'intégration européenne croissantes, des changements sont à attendre au niveau de l'Europe toute entière, et donc aussi au niveau du système urbain allemand. L'Allemagne est au cur d'une Europe des régions [25], et c'est précisément dans le contexte du développement des pays d'Europe de l'Est et de leur intégration dans l'UE [32] que la concurrence entre les régions va s'intensifier. Pour renforcer à l'avenir le système urbain allemand face aux pressions toujours plus fortes dues à l'adaptation au cadre européen, voire global, il sera nécessaire de conjuguer les compétences locales. C'est là l'exigence principale d'une nouvelle tendance dans le domaine de l'aménagement du territoire au niveau européen: rassembler les villes en "réseaux interurbains" [26] ou bien encore en régions transfrontalières. Eu égard aux fortes interpénétrations de fonctions, il est en tout cas urgent de mettre en place un réseau interrégional et intercommunal qui pourra seul assurer à l'avenir un développement équilibré du territoire ainsi qu'un renforcement des conditions de localisation endogènes support indispensable à une égalisation des conditions de vie dans toutes les régions d'Europe.
Questions et devoirs:
|
[1]
http://lernarchiv.bildung.hessen.de/archiv/uentwurf/ekunde
[2]
http://www.karlsruhe.de/Stadtentwicklung/afsta/Statistik/Index.htm
[3]
http://www.mygeo.info/skripte/skript_bevoelkerung_siedlung/lanu2.htm
[4]
http://www.route-industriekultur.de/geschi/index_e.htm
[5]
http://www.francais.saarland.de/9378_9553.htm
[6]
http://www.g-o.de/index.php?cmd=focus_detail2&f_id=24&rang=9
[7]
http://www.chronik-berlin.de/uk/index.html
[8]
http://www.acu.edu/academics/cas/fl/german/bundeslaender/bundeslaender.htm
[9]
http://www.bonn-virtuell.de/
[10]
http://www.frankfurt.de/sis/English.html
[11]
http://fhh.hamburg.de/stadt/Aktuell/behoerden/wirtschaft-arbeit/wir-fuer-sie/medien-telekommunikation-design/multimedia-neue-medien-it.html
[12]
http://members.aol.com/stgymgt/koeln/medien.htm
[13]
http://www.muenchen.de/Rathaus/gg_raw/branchen/medien/38697/index.html#fil
[14]
http://www.holderied.de/DeutscheHochschulen.html
[15]
http://www.ruhr-uni-bochum.de/uni-profil/universitaet/
[16]
http://www-public.tu-bs.de:8080/~schroete/baurecht.htm
[17]
http://www.mygeo.info/skripte/skript_bevoelkerung_siedlung/lanu2.htm
[18]
http://www.brandenburg.de/sixcms/detail.php?id=45310&_siteid=72
[19]
http://www.oefre.unibe.ch/law/dfr/bv086090.html
[20]
http://www.georgiasouthern.edu/~hkurz/geo/ddr-b1.htm
[21]
http://www-public.tu-bs.de:8080/~schroete/baurecht.htm
[22]
http://www.bahn.de/konzern/holding/bahnbaut/die_bahn_bauprojekte_historie.shtml
[23]
http://www.bundestag.de/bau_kunst/berlin/debatte/index.html
[24]
http://www.aicgs.org/publications/pubonline.shtml
[25]
http://www.uni-mannheim.de/mateo/verlag/reports/otteu/otteuro.htm
[26]
http://www.kern.de/geschaeftsberichte/1999_04.htm
[27]
http://www.kern.de/geschaeftsberichte/1999_04.htm
| DEBUT | MATIERES | VGT SITE |