L'industrie automobile représente l'un des secteurs les plus importants et les plus performants de l'économie allemande. Bien d'autres activités économiques y sont étroitement liées, comme l'industrie du pneu, la production de matières synthétiques, ou l'industrie de transformation des métaux. En comptant les entreprises de sous-traitance, les ateliers et les concessionnaires automobiles, ce secteur emploie au total près de 5 millions de personnes, ce qui représente pour l'Allemagne 1 emploi sur 7.
L'industrie automobile comprend un grand nombre de groupes de produits, comme les camions, les bus, les caravanes, les containers, ainsi que les pièces détachées. Cette unité de texte met particulièrement l'accent sur la production automobile. Du fait de l'évolution rapide des technologies, des concepts de production, des stratégies d'entreprise et de la gamme de produits, l'industrie automobile ouvre souvent la voie aux autres branches industrielles. Son succès repose sur la compétence technologique des constructeurs, des sous-traitants et de leurs employés.
Les voitures comptent parmi les produits allemands les plus réputés sur le marché mondial. L'Allemagne a initié l'exportation à grande échelle dès les années 1950. Le label "made in Germany", tout d'abord introduit après la Deuxième Guerre mondiale par l'occupant américain afin de dissuader les consommateurs étrangers d'acheter des produits allemands, est devenu au plan mondial synonyme de qualité, de rapidité et de technologie. La coccinelle de Volkswagen [1], une voiture robuste, compacte et économique, produite à des millions d'exemplaires, a conquis la première le marché mondial. A côté des modèles satisfaisant la demande du grand public, ont été également conçues des voitures de luxe et de sport qui ont fortement contribué à forger l'image de marque de l'industrie automobile allemande. Si l'on considère le nombre d'employés, les chiffres d'affaires et d'exportation du secteur, les principaux producteurs automobiles allemands sont BMW, Daimler-Benz et Volkswagen. Les firmes automobiles se servent habilement, dans leurs campagnes publicitaires, de l'omniprésence des voitures et de leur impact émotionnel, dont l'effet s'en voit encore augmenté (par ex. construction de moteurs pour les voitures de formule 1 de McLaren-Mercedes [2]).
La production automobile industrielle en grande série a commencé en Allemagne dans les années 1920. La plupart des usines produisaient à cette époque un nombre restreint de modèles. La firme Volkswagen [3] a été fondée en 1938, en même temps qu'une toute nouvelle ville, Wolfsburg, dans l'est de la Basse-Saxe. Les principaux producteurs automobiles (les firmes automobiles étaient dans les années vingt au nombre de 150) étaient alors Mercedes-Benz [4], Opel (appartenant à General Motors depuis 1927) et BMW [5]. A la fin de la Deuxième Guerre mondiale, l'industrie automobile était presque complètement détruite. Au cours de la reconstruction suivant les années de guerre, l'Allemagne de l'Ouest a connu un net processus de concentration et de nombreuses petites entreprises ont été évincées du marché. De nouvelles usines de montage et de pièces détachées, comme Opel à Bochum, ont été construites par les firmes encore existantes ou celles nées de fusions, comme Audi [6], regroupant DKW, NSU et Horch. Ces usines étaient situées à la périphérie de grandes agglomérations ou à proximité des industries de matières premières et des entreprises de sous-traitance. L'expansion des firmes automobiles a entraîné l'installation d'un grand nombre d'autres entreprises de sous-traitance, délocalisées ou nouvellement fondées. Cette évolution s'est accompagné d'une augmentation croissante du nombre d'employés.
Les firmes automobiles et de sous-traitance sont géographiquement concentrées en Basse-Saxe (Wolfsburg, Hanovre, Emden), en Rhénanie-du-Nord-Westphalie (Cologne, Bochum), dans le Bade-Wurtemberg (Stuttgart, Sindelfingen), en Hesse (Baunatal, Rüsselsheim) et en Bavière (Ingolstadt, Ratisbonne). En Allemagne de l'Est, des combinats étatisés ont été fondés après la Deuxième Guerre mondiale (Sachsenring, Wartburg). Jusqu'en 1990, y ont été produits des modèles comme la Trabant 601 [7], qui correspondent, du point de vue design et technologie, au niveau des années cinquante. En raison de leurs très médiocres qualités de conduite, de leurs fortes émissions polluantes et de leur peu de confort, ces voitures sont devenues le symbole du retard pris par l'économie est-allemande. Les firmes automobiles est-allemandes ont cessé leurs activités après la réunification, mais quelques firmes ouest-allemandes ont fondé dans les nouveaux Länder des filiales (par ex. Opel à Eisenach et Volkswagen à Mosel) qui comptent aujourd'hui parmi les centres de production les plus performants d'Europe.
En 1997, le nombre d'employés du secteur automobile (y compris les producteurs de caravanes, de pièces détachées et de carosseries) s'élevait à 792.000 dans les anciens Länder et à 57.500 dans les nouveaux Länder. Le Bade-Wurtemberg, la Bavière, la Basse-Saxe, la Rhénanie-du-Nord-Wesphalie et la Hesse sont les Länder qui rassemblent le plus grand nombre d'employés et de firmes dans ce secteur. Depuis les années soixante-dix, les firmes automobiles se sont efforcées de résister à la pression toujours plus forte de la concurrence internationale en automatisant et en rationalisant leur production. Cependant, le nombre d'employés du secteur automobile a chuté en Allemagne de l'Ouest de près de 5 % entre 1984 et 1994. Le développement de nouveaux concepts de production, comme la livraison à terme fixe (just-in-time) par les sous-traitants de pièces détachées aux ateliers de montage, qui procèdent ensuite à la finition, ainsi que la mise en oeuvre de technologies de pointe, n'ont pas suffi à pouvoir soutenir le rythme d'évolution des structures et du marché. Mais l'industrie automobile est à nouveau, depuis le milieu des années quatre-vingt-dix, sur la voie d'un succès dont les clés sont la croissance de l'exportation, une grande diversification, mais aussi une forte compression de l'emploi et de radicales mesures de restructuration.
Les processus et concepts de production, ainsi que les technologies ont considérablement évolué depuis la construction de la première voiture. Il y a seulement 70 ans, les voitures étaient avant tout assemblées à la main. Aujourd'hui, le montage automobile est presque entièrement automatisé. En outre, il était autrefois courant qu'une seule et même entreprise produise les différentes pièces automobiles, tandis qu'à l'heure actuelle, les firmes sont spécialisées dans certains segments de production (par ex. le montage). La fabrication de pièces automobiles et la mise à disposition de services spécialisés sont confiées de plus en plus à d'autres firmes, ce qui permet d'accroître la flexibilité et de réduire les coûts, mais entraîne aussi une plus grande dépendance.
Aujourd'hui, le système de production tout entier s'est modifié, aussi bien du point de vue sectoriel que spatial. En particulier, les petits constructeurs automobiles, qui sont plus menacés par les importations, ont diversifié leur gamme de production, et conçoivent par exemple des voitures tout-terrain ou des cabriolets. Les firmes se sont internationalisées, et les voitures ont perdu de leur importance en tant qu'emblème national. Aujourd'hui, le label "made by BMW" a détrôné le label "made in Germany". De nombreuses firmes étendent leurs centres de production aux grands marchés mondiaux. Souvent, des modèles sont créés pour répondre à un marché national particulier. On assiste, dans le contexte de mondialisation, à des processus globaux de concentration par fusions (par ex. Daimler-Chrysler), co-entreprises ou alliances stratégiques. La production automobile allemande a pris de l'importance en Europe et créé un système spécifique de répartition spatiale du travail. Les filiales localisées dans des régions européennes périphériques, comme l'Espagne et le Portugal, produisent en série de petites cylindrées aux coûts peu élevés, tandis que l'Allemagne sort de ses usines automobiles des voitures de milieu de gamme/haut de gamme et poursuit la recherche et le développement.
Les données de la Fédération industrielle VDA mettent en lumière la rapide hausse du chiffre d'affaires et des cadences de production de l'industrie automobile allemande [8] au cours des années d'après-guerre. La production mensuelle actuelle est presque aussi élevée que la production annuelle des années cinquante (en 1958, 630.000 voitures sont sorties d'usine, pour 537.000 rien qu'en septembre 1998). Les marques de voitures allemandes dominent toujours le marché intérieur. En tout, près de 4,6 millions de véhicules sont sortis sur le marché en 1997, dont 2,7 millions destinés à l'exportation, ce qui correspond à un pourcentage de presque 60 %.
Les entreprises de sous-traitance jouent un rôle important pour l'industrie automobile. Elles disposent d'une large gamme de produits, si on les compare aux entreprises de finition. Quelques-unes sont de grandes entreprises qui produisent également pour d'autres branches industrielles, comme Hella [9], Mann & Hummel [10] et Eberspächer [11]. Mais la plupart des sous-traitants sont de petites ou moyennes entreprises. Il existe essentiellement 2 types de sous-traitants: le premier groupe de sous-traitants produit des systèmes, des éléments de construction et des pièces détachées en coopération et coordination avec les entreprises de finition, qui peuvent ainsi renforcer leur compétitivité en réduisant leurs coûts, du fait qu'ils se spécialisent et transfèrent certains domaines aux sous-traitants, comme le stockage. Ce mode de production crée entre sous-traitant et producteur final une interdépendance particulièrement prononcée. Le deuxième groupe de sous-traitants produit en grande série des pièces standard qui sont fortement soumises à la pression internationale des prix et dépendent des stratégies et décisions des entreprises de finition. L'introduction du principe de livraison à terme fixe (just-in-time) représente également une considérable menace en ce qui concerne les prix, les exigences de qualité et les conditions de vente.
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