On attribue souvent la forte compétitivité de l'économie allemande aux performances réalisées dans les secteurs de technologie moyenne tels que l'industrie automobile, la construction mécanique et l'industrie chimique. Les industries high tech ont joué un rôle relativement mineur dans le boom économique d'après-guerre. En effet, à la différence des USA et du Japon, qui ont mis au point, puis lancé sur le marché, des innovations technologiques de base dans l'industrie micro-électronique, l'Allemagne ne faisait alors pas partie des pays promoteurs de technologies nouvelles.
Néanmoins, les innovations technologiques du secteur high tech provenant d'autres pays ont exercé une influence durable sur l'économie allemande, entraînant un net déclin de la branche de l'électronique de loisir, en particulier du segment de la production de radios et de téléviseurs. Les principaux producteurs allemands ont en effet sous-estimé les chances sur le marché des technologies du numérique, qu'ils n'ont pas utilisées pour leur gamme de produits. C'est ainsi que des entreprises allemandes produisaient encore des tourne-disques conventionnels à une époque où s'affirmait déjà la supériorité des lecteurs de disques compacts, qui offraient pour le même prix une meilleure qualité de son. Lorsque les radios et téléviseurs numériques se sont imposés sur le marché, les entreprises allemandes n'ont plus eu le temps de reconvertir leur production et d'intégrer les nouvelles technologies. Les Japonais, en particulier, avaient déjà une telle avance technologique que les producteurs allemands de radios et de téléviseurs n'étaient plus compétitifs, et que beaucoup d'entre eux ont dû arrêter leur production ou ont été rachetés par des entreprises étrangères.
L'ancienne entreprise Grundig [1] illustre bien cette évolution. Après avoir manqué le défi des technologies du numérique, cette entreprise a été rachetée par l'entreprise néerlandaise Philips. Au cours des années suivantes, elle s'est spécialisée dans la production de téléviseurs haut de gamme high tech, mais n'a cependant pas réussi à réaffirmer sa position sur le marché. Le nombre d'employés a chuté entre 1978 et 1998 de 37.500 à 5.700.
Malgré ces déficits, le secteur high tech est devenu entre-temps en Allemagne un important segment de l'industrie de transformation. Selon la définition générale d'après laquelle les entreprises high tech investissent au moins 3,5 % de leur chiffre d'affaires dans la recherche et le développement, l'industrie high tech allemande englobait à la fin des années quatre-vingt et au début des années quatre-vingt-dix près de 50.000 entreprises employant au total plus de 3 millions de personnes, ce qui correspond à 35 % environ de la population active dans le secteur de l'industrie de transformation. La répartition géographique des entreprises high tech par Landkreis (découpage administratif allemand correspondant à peu près au canton en France) met en lumière une nette concentration de plus de 1500 sièges d'entreprises dans des agglomérations urbaines comme Munich, Stuttgart, la Ruhr, Hambourg et Berlin. Les entreprises high tech en pleine expansion implantées autour de Stuttgart et Munich comptent parmi les plus performantes et innovantes d'Allemagne.
L'industrie électrotechnique et électronique représente le groupe industriel le plus important du secteur high tech. En 1997, 5.000 entreprises ont employé dans ce secteur 856.000 personnes. Du point de vue du chiffre d'affaires et du nombre d'employés, l'industrie électrotechnique fait partie, avec l'industrie automobile et la construction mécanique, des secteurs industriels les plus importants. L'industrie électrotechnique est un secteur industriel très hétérogène [2] dont la gamme de produits recouvre aussi bien les ampoules électriques et appareils ménagers que les ordinateurs et la microélectronique, donc à la fois les technologies traditionnelles moyennes et celles de pointe.
Les centres de l'industrie électrotechnique les plus importants sont situés en Allemagne du Sud. Au niveau des Länder, ce sont la Bavière et le Bade-Wurtemberg qui enregistrent le plus grand nombre d'employés, avec respectivement, pour l'année 1997, 214.000 et 199.000 personnes actives dans ce secteur. Dans les nouveaux Länder, l'industrie électrotechnique n'est par contre pas encore très développée. Ce sont la Saxe et la Thuringe qui occupaient les premières places en 1997, avec respectivement 24.000 et 18.000 employés. En raison des mesures de restructuration initiées après la réunification, les chiffres de l'emploi ont chuté en Allemagne de l'Est: en 1997, seuls 65.000 employés, répartis sur 700 entreprises, travaillaient dans ce secteur. Même une entreprise comme Robotron, devenue dans les années d'après-guerre l'un des centres de production les plus importants d'Europe de l'Est, n'était pas assez innovante et ne détenait pas assez de capitaux pour pouvoir survivre par elle-même. Entre-temps, on a cependant assisté à quelques intéressantes implantations d'entreprises d'importance mondiale dans la région de Dresde.
Selon les données de la Fédération de l'industrie ZVEI [3], l'emploi est resté relativement stable en Allemagne de l'Ouest dans le secteur de l'industrie électrotechnique, dans les années soixante-dix et quatre-vingt, oscillant autour de 0,9 à 1,1 million de personnes. Les changements intervenus, comme l'évolution des schémas internationaux de production et de consommation, ont débouché, comme dans d'autres secteurs industriels, sur des processus de restructuration. En raison des mesures de rationalisation et de réorganisation initiées, 80.000 emplois ont été supprimés rien qu'entre 1995 et 1997. Par contre, la productivité a augmenté de 20 % pendant la même période, ce qui correspond à la plus forte croissance des années d'après-guerre. L'évolution des indices de vente et de production confirme cette tendance. Alors qu'à la fin des années quatre-vingt, les exportations comptaient pour environ 45 % dans le chiffre d'affaires, leur pourcentage était déjà passé à plus de 55 % en 1997. Les produits exportés, avant tout des articles haut de gamme de grande précision, de niveau technologique moyen, étaient essentiellement destinés aux consommateurs de pays hautement industrialisés.
L'importation de biens électrotechniques et électroniques a augmenté encore plus que l'exportation. La part de l'importation dans le chiffre d'affaires est passé entre 1990 et 1997 de près de 40 % à 50 %. Parmi les principaux produits d'importation, il convient de mentionner les articles de l'électronique de loisir, les composants électroniques et les produits des techniques de communication et d'information. Les produits haut de gamme viennent avant tout des USA, du Japon et de quelques pays d'Europe de l'Ouest, tandis que les produits standard sont importés de pays à bas salaires, comme la Chine, le Taiwan et Singapour.
L'industrie électrotechnique est dominée en Allemagne par un petit nombre de grandes entreprises comme Siemens [4] et Bosch [5]. Dans le secteur high tech, Siemens est la plus grande et la plus internationalisée de toutes les entreprises allemandes. Dans les années d'après-guerre, Siemens est devenu au plan mondial, avec sa gamme d'activités englobant un grand nombre de segments de haute technologie, l'un des plus importants acteurs de l'industrie électronique. En 1996/1997, cette entreprise a employé dans le monde entier 386.000 personnes, dont 197.000 en Allemagne.
Grâce à l'expansion de Siemens, la région de Munich joue un rôle primordial dans le secteur high tech allemand. En tenant compte de la définition des industries high tech énoncée au début de ce texte, on peut dire que cette région a employé, dans la deuxième moitié des années quatre-vingt, plus de 125.000 personnes travaillant au total dans 1350 entreprises. Il convient de souligner ici l'implantation autour de Munich des centres de production et de recherche de grandes entreprises de l'industrie électrotechnique et électronique, ainsi que de l'industrie spatiale, avec en particulier MBB, Dornier et MTU München (Motoren- und Turbinen-Union München) [6]. Cette concentration d'entreprises high tech a entraîné le développement de nombreux échanges interindustriels dont profitent avant tout le secteur de la construction mécanique et celui de la sous-traitance. L'expansion de ces deux derniers secteurs a déclenché à son tour une forte demande en composants électroniques stimulant la fondation de nouvelles entreprises et la croissance économique de la région. De plus, le secteur high tech de Munich a particulièrement bénéficié des fonds d'État affectés à l'équipement et à la recherche et profité de l'influence exercée dans les années d'après-guerre par l'occupant américain et les responsables politiques.
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