Unité 4: Aspects environnementaux

(Alfred Hecht)

Objectif didactique: traitement orienté autour de certaines problématiques de questions environnementales, comme par ex. la menace de disparition des espèces (faune et flore) au Canada, et discussion de différentes mesures pour la protection de l'environnement (par ex. parcs naturels)

Mots-clé: faune et flore, menace de disparition des espèces, commerce des fourrures, économie forestière, parcs nationaux, pollution, protection de l'environnement, organisations écologiques


On pourrait croire qu’un pays aussi gigantesque que le Canada, avec une densité de population aussi faible, ne peut pas connaître de problèmes environnementaux. Il n’en est rien, bien au contraire. La fragilité écologique d’un pays situé au bord de l’Arctique est bien plus grande qu’on ne l’a cru au départ. Aujourd’hui, nombre des problèmes écologiques observés se situent bien loin des régions où la plupart des Canadiens habitent, ce qui explique qu’une sensibilité environnementale se soit développée si tardivement. Et pourtant, ces problèmes d’environnement ne sont pas qu’un phénomène du 20e siècle.

Avant l’arrivée des Européens, la population autochtone a exploité la faune et la flore pour assurer sa propre existence, mais en respectant la nature, c’est-à-dire en ne prenant que ce dont elle avait réellement besoin pour vivre. Avec le développement du commerce de la fourrure aux 17e et 18e siècles (le futur empire commercial de la Hudsons Bay Company date de 1670), tout change rapidement, d’autant que l’Europe absolutiste de l’époque fait montre d’un besoin croissant de produits de luxe. L’espèce du castor [1] est rapidement exterminée dans les régions orientales du pays, ce qui entraîne un développement rapide du commerce de la fourrure du cours du St-Laurent et de la Baie d’Hudson à tout le territoire du Canada actuel, à la recherche de nouveaux terrains de chasse. Dès le 19e siècle, de nombreuses espèces animales ont complètement disparu, comme celle du passenger pigeon [2]. Même les bisons [3], qui peuplaient autrefois les Prairies par millions, étaient menacés d’extermination au début du 20e siècle.

Le même phénomène s’applique à la pêche, que l’on sait avoir été pratiquée par les Européens le long des côtes est du Canada dès 1000 ans apr. J.-C. En particulier, la pêche intensive de la baleine, aux 17e et 18e siècles, a considérablement décimé cette espèce, et on la rend responsable en partie du déclin de la culture Thulé des territoires Inuit. Des phénomènes similaires sont encore observables de nos jours. La morue, par ex., a presque disparu des eaux canadiennes au début des années 90, en raison des pratiques acharnées de pêche intensive de flottes canadiennes, et surtout aussi européennes, dans les eaux de Terre-Neuve. La pêche à la morue [4] sur les côtes atlantiques a dû être totalement interdite pour sauver cette espèce [5]. Ces mesures ont provoqué de sérieuses tensions politiques entre le Canada et certains pays européens, entre autres l’Allemagne.

Les forêts représentent un autre problème. On considère habituellement que les richesses forestières du Canada sont pratiquement inépuisables, ce qui n’est que très partiellement exact, même si la plus grande partie des surfaces boisées du pays, environ 3,2 millions de km2, serait potentiellement exploitable. Une telle exploitation est impensable du point de vue économique, car la plupart de ces forêts sont situées très loin des centres d’habitat et un transport sur plusieurs centaines, voire milliers de kilomètres entraînerait des coûts beaucoup trop élevés. Autour des villes du sud du Canada, on observe de plus en plus une pratique d’exploitation intensive. Cette évolution représente une menace réelle pour beaucoup d’espèces végétales, en particulier pour les forêts extratropicales de l’ouest du pays, vestiges d’une formation végétale qui aurait du mal à se régénérer si l’on y pratiquait aujourd’hui des coupes radicales.

Dès le 19e siècle, ont été émises de grandes réserves au sujet des scieries polluant les rivières et de l’exploitation intensive menaçant les espèces. Des lois ont été ensuite adoptées en faveur de la protection des forêts et de l’environnement. Ces lois n’ont pas toujours été suffisamment appliquées. Toutefois, de grands parcs naturels ont été aménagés, comme par ex. le parc Algonquin [6], dans l’Ontario, afin de préserver les ressources naturelles en arbres, mais aussi de créer des centres de repos et de loisirs. Le premier d’entre eux, le Banff National Park [7], dans les Rocheuses (Alberta), a été aménagé par le gouvernement canadien en 1885, afin de protéger des sites naturels attrayants, sans toutefois les ouvrir complètement au public. Ces mesures, visant la préservation des forêts en particulier, et de la nature en général, sont certes très importantes, mais elles ne suffisent pas à empêcher la menace écologique.

Ces derniers temps, de nombreux mouvements de protestation ont manifesté leur opposition à l'exploitation forestière canadienne, par exemple dans le contexte des concessions qui ont été accordées à l'industrie forestière dans la région de Clayoquot, sur l'île Vancouver, pour l'exploitation d'une certaine partie des forêts vierges de cette région.

Les régions arctiques du Canada sont également particulièrement menacées, depuis le démarrage de leur exploitation économique: l'exploitation des ressources en pétrole et en gaz naturel, ainsi que les dimensions gigantesques que prend la production d'électricité, y jouent un grand rôle. Dès le début des années 70, un avocat canadien a rédigé un rapport devenu célèbre (rapport Berger), dans lequel il attire l'attention sur les dangers que représente l'aménagement d'oléoducs dans les systèmes écologiques sensibles du Canada. Un autre exemple symptomatique est le projet de la Baie James, au nord de la province du Québec, où d'immenses espaces ont été inondés pour faire place à un barrage sur la Grande Rivière, afin d'implanter une industrie hydroélectrique.

Le Canada est aujourd'hui pleinement conscient de ses problèmes écologiques. Au cours du 20e siècle, le gouvernement canadien s'est efforcé de protéger les ressources naturelles, comme les forêts, mais aussi les espèces animales terrestres et aquatiques, et de préserver les espaces naturels des régions fluviales ou lacustres attrayantes du Bouclier canadien et des massifs montagneux, en aménageant des parcs nationaux qui offrent en même temps des possibilités de loisirs. Depuis les années 60, l'opinion publique est de plus en plus sensibilisée aux problèmes écologiques et consciente de la nécessité de protéger la nature de la pollution et de la dégradation. De nombreux groupes écologistes et organismes gouvernementaux pour la protection de l'environnement ont été créés entre-temps. Le Canada est l'un des rares pays à avoir un ministère de l'environnement (Environment Canada). C'est pourquoi, au Canada, toute forme d'exploitation des ressources naturelles doit répondre, en matière d'écologie, à de sévères critères établis par le gouvernement et contrôlés par des instances officielles spéciales. Des organisations internationales de défense de l'environnement ont également une fonction de surveillance, et sont déjà intervenues, par exemple dans la lutte contre le massacre des phoques [8], la chasse des animaux à fourrure et les coupes à blanc [9] des forêts. Des associations locales, dont font souvent partie des autochtones et des entreprises d'exploitation forestière [10], qui dépendent vitalement de ces ressources, refusent toute ingérence externe. Mais comme ces biens sont traités sur les marchés internationaux, les grandes organisations internationales exercent une influence considérable. Ce conflit a donc très certainement atteint une dimension globale, mais il n'est pas facile de trouver dans tous les cas une solution qui satisfasse les intérêts des personnes ou groupes concernés.

Questions à poser:

  • Pourquoi la sensibilisation de l'opinion publique aux problèmes environnementaux ne s'est-elle développée que relativement tard au Canada?
  • L'aménagement de parcs naturels ou nationaux est une efficiente méthode de protection de la nature. Comment cette conception s'harmonise-t-elle avec l'exploitation touristique de ces sites?
  • Emplois ou protection de l'environnement? L'existence de milliers de familles canadiennes dépend directement de l'exploitation de la nature. Comment peut-on résoudre ce conflit?
  • Dans quelle mesure l'Europe est-elle concernée, voire touchée par les problèmes écologiques du Canada?
Quiz interactif

[1] http://wildlifepark.gov.ns.ca/kids/coloringpages/beaver.gif
[2] http://www.ris.net/~tony/ppigeon.html
[3] http://www.tallgrass.org/buffalo.html
[4] http://arcticcircle.uconn.edu/NatResources/cod/mckay.html
[5] http://www.gov.nf.ca/fishaq/statistics/statistics.stm
[6] http://www.algonquinpark.on.ca
[7] http://www.canadianrockies.net/bnpmain.html
[8] http://chasseauphoque.ca/
[9] http://www.greenpeace.org
[10] http://www.weyerhaeuser.com/environment/practsustainforest/forestrycanada/default.asp


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