Unité 11: Aspects de l'urbanisation au Canada

(Lindsay Porter et Alfred Hecht)

Objectifs didactiques: la répartition et la hiérarchie urbaines, le processus d'urbanisation, la croissance et les structures urbaines présentent au Canada, en raison des dimensions du pays, quelques particularités qui seront abordées dans cette unité de texte.

Mots-clé: Régions métropolitaines de recensement (RMR), urbanisation, croissance urbaine, planification, principaux centres urbains, population urbaine, structures de l'emploi, modèles urbains.

Le Canada [1] est un pays immense (9,97 millions de km²) de très faible densité démographique. La population du pays présente en outre une répartition géographique très inégale [2]. Les principaux centres urbains, Toronto [3], Montréal [4] et Vancouver [5], enregistrent une forte croissance [6]. Vers 1800, 5 % seulement des Canadiens vivaient dans des villes. En 1920, le pourcentage de la population urbaine dépassait déjà celui de la population rurale, et 78 % des Canadiens mènent aujourd'hui une vie urbaine. L'urbanisation s'est développée et s'accroît encore en raison de l'offre sur le marché de l'emploi et des services, du haut degré de spécialisation, par exemple dans les métiers high-tech, des possibilités de formation dans le domaine scolaire, universitaire, et de la recherche, du potentiel d'innovation, de la concentration des capitaux, de l'offre au niveau de la consommation, etc.

Le Canada se range parmi les régions les plus urbanisées du monde, comme l'Amérique du Nord, l'Europe du Nord-Ouest, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, face aux pays de faible urbanisation d'Asie et d'Afrique. Mais le Canada présente de nombreuses particularités par rapport aux autres pays urbanisés. Près de 60 % des Canadiens vivent dans les 25 principales agglomérations du pays, appelées Régions métropolitaines de recensement (RMR). Du point de vue statistique, on parle de RMR à partir d'un chiffre d'au moins 100.000 habitants. Les quatre principales RMR du pays [7], qui ont toutes plus d'un million d'habitants, sont Toronto, Montréal, Vancouver et Ottawa-Hull, qui rassemblent à elles seules un tiers de la population canadienne. Parmi les autres grandes RMR d'une importance de 500.000 à 1 million d'habitants, on dénombre en particulier Edmonton [8], Calgary [9], Québec [10], Hamilton [11] et Winnipeg [12]. Neuf des 25 RMR du pays se trouvent dans l'Ontario, deux respectivement en Colombie-Britannique, dans l'Alberta et le Saskatchewan, et une respectivement dans le Manitoba, au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve. Entre 1992 et 1996, toutes les RMR ont enregistré une croissance démographique, à l'exception de St. John's (Terre-Neuve), de Chicoutimi-Jonquière (Québec) et de Sudbury [13] (Ontario). Pour la même période, Vancouver a vu sa population augmenter de 10,6 %, ce qui représente la plus forte croissance urbaine du pays, puis suivent Oshawa [14] (Ontario, 8,6 %) et Calgary (Alberta, 7,8 %).

La ville de Toronto arrive en tête des 25 RMR, avec 4,3 millions d'habitants, et l'on s'attend à ce qu'elle dépasse la barre des 5 millions en l'an 2001. Toronto détient également le record absolu du point de vue de l'emploi dans le secteur secondaire (commerce, industrie, bâtiment). Mais d'autres villes de l'Ontario et du Québec présentent aussi une forte participation à ce secteur (par ex. Windsor [15] 33,7 %, Kitchener 32,0 %, Oshawa 27,2 %, Hamilton 25,4 %, Trois-Rivières 23,9 %, Sherbrooke [16] 23,0 %). On note dans quelques RMR un assez fort pourcentage d'emplois dans le secteur primaire (agriculture, pêche, industrie minière) (cf. Tabl. 11.1), par ex. à Sudbury (10,3 %), avec ses mines, ou à Calgary (6,5 %) et dans les autres villes des Prairies, situées au coeur de grandes régions agricoles. Ottawa-Hull [17], la capitale provinciale, présente avec 87,6 % le pourcentage le plus élevé du secteur tertiaire (services au sens le plus large). Ce pourcentage est par ailleurs également au-dessus de la moyenne dans les centres urbains des régions côtières du Pacifique et de l'Atlantique. Au plan national, le secteur tertiaire occupe une place prépondérante au niveau de l'emploi urbain. Dans les 25 RMR prises ensemble, 7,13 millions de personnes (= 78,5 %) travaillent dans le secteur tertiaire, 1,78 million (= 19,6 %) dans le secteur secondaire et seulement 171.635 (= 1,9 %) dans le secteur primaire.

Tab. 11.1: Répartition sectorielle de la population active dans les "Régions métropolitaines de recensement" (RMR) du Canada
RMR Secteur primare Secteur secondaire Secteur tertiare Total
absolu % absolu % absolu % absolu
St. John's 1.870 2,2 9.070 10,9 72.200 86,8 83.145
Halifax 2.090 1,2 19.580 11,2 152.250 87,6 173.740
Saint John 1.390 2,3 11.315 19,2 46.110 78,3 58.820
Chicoutimi-J. 2.050 2,9 14.430 20,6 53.365 76,4 69.835
Quebéc 4.655 1,3 45.175 13,3 276.190 81,8 337.425
Sherbrooke 1.345 1,8 16.450 23,0 53.650 75,1 71.400
Trois-Rivières 1.235 1,9 15.200 23,9 46.960 74,0 63.395
Montréal 12.500 0,7 350.445 21,7 124.687 77,4 1.609.820
Ottawa-Hull 6.185 1,1 60.585 11,3 464.720 87,4 531.495
Oshawa 2.025 1,5 35.640 27,2 95.750 71,2 134.410
Toronto 16.050 0,7 473.800 21,6 169.459 77,5 2.184.260
Hamilton 5.690 1,8 79.050 25,4 225.340 72,6 310.105
St. Catherine 6.420 3,6 44.620 25,1 126.365 71,2 177.415
Kitchener 2.945 1,4 65.000 32,0 134.975 66,5 202.935
London 5.005 2,4 43.180 21,2 155.105 76,4 203.295
Windsor 2.075 1,4 46.804 33,7 89.680 64,7 138.580
Sudbury 7.810 10,3 9.675 12,6 58.750 77,0 76.230
Thunder Bay 2.205 3,5 11.210 17,8 49.400 78,6 62.820
Winnipeg 4.635 1,3 11.210 17,8 49.000 78,6 343.355
Regina 3.130 3,0 11.935 11,7 86.530 85,1 101.605
Saskatoon 6.700 5,9 16.930 14,9 89.630 79,1 113.280
Calgary 30.460 6,5 75.005 16,1 349.560 75,1 465.040
Edmonton 19.485 4,2 76.000 16,4 366.985 79,3 462.485
Vancouver 19.860 2,0 166.625 17,2 777.385 80,6 963.900
Victoria 3.820 2,4 17.880 11,3 136.000 86,2 157.705
Source: http://www.statcan.ca/francais/Pgdb/People/Labour/labor47d_f.htm

La plupart des régions urbaines présentent une nette structure fonctionnelle. Le modèle d'aires urbaines concentriques conçu par le sociologue américain Edward Burgess rend assez bien compte de cette structure. Ce modèle se base sur la conception d'un espace homogène et aisément accessible de partout, dans lequel la libre concurrence peut se développer. Selon Burgess, se trouve au centre des villes la "zone centrale des affaires" (central business district), qui rassemble les fonctions tertiaires de haut niveau. Cette zone centrale est entourée d'une zone d'activités industrielles et commerciales, elle-même concentriquement bordée d'une "zone de transition", la zone de logement des classes populaires, qui se caractérise souvent par le délabrement des constructions et la formation de bidonvilles. Cette zone de transition fait ensuite place à une succession de zones d'habitation: la zone des couches sociales les plus modestes (zone des quartiers ouvriers ou blue collar zone), la zone des pavillons et immeubles, et enfin, le quartier résidentiel des couches sociales aisées (upper class).

Ce modèle de zones concentriques ne s'applique pourtant pas à toutes les RMR. Pour certaines d'entre elles, il faut bien plutôt faire appel à des modèles de "zoning" urbain sectoriels ou polynucléaires. Le modèle de zoning par secteurs de Hoyt, par exemple, part du principe que les différents secteurs d'une ville s'ordonnent en fuseaux autour de la zone centrale des affaires. Cette représentation confère une grande importance aux grands axes de circulation s'articulant sur le centre, le long desquels se développent divers modèles d'utilisation. Ces fuseaux hébergent, selon l'infrastructure existante, différents quartiers industriels ou diverses couches sociales. Le modèle de zoning par noyaux multiples part quant à lui du fait que les services de pointe du secteur tertiaire se concentrent dans le centre-ville, mais que le développement urbain s'effectue par la suite dans des noyaux plus ou moins distants l'un de l'autre, remplissant chacun une ou plusieurs fonctions bien précises. Les noyaux commerciaux et industriels sont ainsi reliés aux axes de circulation, l'industrie lourde est implantée dans les zones urbaines périphériques, tandis que les quartiers d'habitation et les villes-dortoirs sont disséminés dans la zone suburbaine. Le nombre et l'importance de ces noyaux ne sont pas constants, mais dépendent des structures urbaines générales. Ceci s'applique également aux noyaux eux-mêmes, qui développent chacun leur propre dynamique selon le prix des terrains, leur adéquation à certaines activités, etc. En fin de compte, aucune ville canadienne ne correspond parfaitement à l'un de ces trois modèles: ceux-ci ne s'y appliquent que partiellement et plus ou moins nettement, et certaines villes présentent une combinaison de plusieurs modèles.

La forte croissance urbaine et la progressive diversification fonctionnelle des villes exigent constamment la mise en place de nouvelles mesures permettant de préserver l'emploi et de garantir la qualité de la vie. La planification urbaine professionnelle est devenue un important instrument au service de l'analyse des conditions de vie urbaines et du développement de recommandations en vue du maintien et de la structuration de l'environnement urbain, régional, social et physique, le progrès technologique et les formes modernes de communication jouant dans ce contexte un rôle croissant. Le Canadian Urban Institute [18], organisation à but non lucratif située à Toronto, s'est donné pour tâche d'élaborer des concepts visant l'amélioration de la qualité de la vie dans les régions urbaines. L'un de ses objectifs essentiels consiste à faire comprendre aux responsables économiques, politiques et autres les problèmes inhérents aux espaces urbains, et à développer des stratégies adéquates. Cet institut exerce ses activités aussi bien au plan national qu'international.

Une particularité de la hiérarchie urbaine du Canada réside dans le fait que quatorze des RMR remplissent une fonction de capitale [19]: en sus de la capitale fédérale d'Ottawa, ce sont les capitales provinciales de St. John's [20], Halifax [21], Québec, Toronto, Winnipeg, Regina [22], Edmonton et Victoria [23]. Parmi toutes celles-ci, Toronto [24] occupe à tous égards le premier rang, ce qui vaut à la ville le surnom de "ville qui travaille" (the city that works) ou de "miracle urbain" (urban miracle). Toronto présente la plus grande concentration d'activités économiques du Canada: 40 % des mille plus grandes entreprises du pays y ont leur siège. La ville se caractérise ce faisant par une grande diversification des secteurs de l'industrie, du commerce en gros et au détail et autres secteurs économiques. Elle réalise à elle seule entre 20 et 25 % du P.I.B. national annuel. Les deux autres grandes RMR, Montréal [25] et Vancouver [26], n'ont pas le statut de capitale, mais comptent parmi les centres du pays les plus dynamiques - et les plus beaux. Vancouver occupait la deuxième place au "hit-parade" des 118 villes les plus belles du monde dressé en 1995 par le Corportate Resources Group de Genève. En décembre 1997, Vancouver s'est même vu décerner par ce groupe suisse la première place mondiale quant au niveau de qualité de la vie, suivi de Auckland (Nouvelle-Zélande) et de Toronto. Le Canada a donc gravi deux fois les marches du podium des villes les plus attractives du monde, Montréal arrivant encore à une respectable quinzième place. Ottawa, la capitale fédérale [27], occupe une place à part. Elle représente, prise avec Hull, la quatrième RMR du Canada. Ottawa (province de l'Ontario) est le siège du gouvernement, tandis que la ville de Hull (province du Québec), qui lui fait face, est une ville dynamique de commerces, d'administrations et de quartiers résidentiels. Le quartier gouvernemental (Parliament Hill) est situé au centre d'Ottawa. Les administrations fédérales rassemblent à elles seules 20 % des emplois de cette agglomération. En résumé, il faut souligner que le processus d'urbanisation du Canada présente sans aucun doute plusieurs particularités qui ne s'expliquent que par le fait que ce pays pionnier est devenu un pays industriel hautement développé en l'espace de quelques décennies seulement. La vertigineuse croissance des RMR a été déclenchée et s'est manifestée par de rapides changements économiques, sociaux et politiques qui se sont produits et continuent de se produire dans le contexte de l'industrialisation, de la modernisation et des processus de transformation actuels. Ces changements ont été soutenus par un secteur agricole productif, qui s'est vu en mesure de nourrir une population de plus en plus urbaine et de produire en outre des excédents, et ce en dépit du fait que de plus en plus de Canadiens ont délaissé ce secteur économique au profit des villes. En raison des dimensions du pays, un autre facteur déterminant a résidé dans le développement d'un système de transports efficient, qui a permis d'acheminer vers les centres urbains, sur de grandes distances et à des prix concurrentiels, les ressources naturelles et les produits de première nécessité. Les rapides transformations technologiques ont joué dans le processus de développement du pays un rôle appelé à se renforcer encore à l'avenir.

Questions et devoirs: Quiz interactif

[1] http://atlas.gc.ca/site/francais/archives/5thedition/other/referencemaps/mcr4032
[2] http://www.csduroy.qc.ca/st-gabriel/annee98-99/jeux/canada_pop.jpg
[3] http://www.city.toronto.on.ca/ourcity/index.htm
[4] http://www.tourisme-montreal.org/
[5] http://www.city.vancouver.bc.ca/
[6] http://www.statcan.ca:80/francais/Pgdb/demo05_f.htm
[7] http://www.statcan.ca/francais/Pgdb/demo05_f.htm
[8] http://www.infoedmonton.com/Articles/GeneralInterest/8-107.html
[9] http://www.visitor.calgary.ab.ca/french.html
[10] http://www.quebecregion.com/f/
[11] http://www.city.hamilton.on.ca/
[12] http://www.canada.com/shopping/
[13] http://www.city.greatersudbury.on.ca/
[14] http://www.oshawa.ca/
[15] http://www.city.windsor.on.ca/home/
[16] http://www.mytravelguide.com/city-guide/North-America/Canada/Sherbrooke/Sherbrooke
[17] http://www.city.ottawa.on.ca/
[18] http://www.canurb.com/home.php
[19] http://www.canadascapital.gc.ca/ccco/about_ccco/index_f.asp
[20] http://www.stjohns.ca/index.jsp
[21] http://www.halifaxinfo.com/
[22] http://www.capcan.ca/ccco/french/regina.html
[23] http://www.city.victoria.bc.ca/
[24] http://www.toronto.com/Toronto/Tourism_Toronto/Media_Gallery/Photo_Gallery/
[25] http://www2.ville.montreal.qc.ca/portail_VM/accusomf.shtm
[26] http://www.city.vancouver.bc.ca/commsvcs/planning/index.htm
[27] http://www.city.ottawa.on.ca/


DEBUT MATIERES VGT SITE