Selon une opinion très répandue, l'évolution du Canada aboutissant au niveau de vie élevé actuel [1] est assez unique au monde - seulement comparable sans doute à celle de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande. Ce développement est rattaché à la théorie de la "croissance des ressources naturelles" (staple growth theory) formulée pour la première fois en 1930 par Harold Innis [2]. Cette théorie affirme que la richesse du Canada repose essentiellement sur l'exploitation et l'exportation de ses ressources naturelles [3] et de fait, on associe encore souvent le Canada à cette image. Cette vision est si bien ancrée que l'on a qualifié quelquefois l'économie canadienne de produit du travail des "bûcherons et porteurs d'eau". Par rapport aux autres pays du G7/G8 [4], c'est même assez justifié. Il faut cependant souligner que l'importance de ces ressources naturelles pour l'économie du Canada [5] diminue aujourd'hui par rapport aux autres secteurs économiques. Un bref aperçu historique [6] permet de constater que le Canada a dès le départ exploité et exporté les ressources naturelles les plus diverses. Tout d'abord [7], la pêche s'est développée, dès le début du XVIe siècle, bientôt suivie par le commerce des fourrures et l'industrie forestière, puis par la culture du blé, l'extraction de minéraux et l'exploitation de ressources énergétiques. A mesure que la demande en ressources naturelles de ce type a augmenté, en particulier en Europe et aux USA, le Canada a exploité ses ressources naturelles et les a vendues essentiellement sur le marché mondial: un grand profit pour le pays tant que les ressources naturelles ont représenté une part importante de la consommation globale, et que la plus-value générée par le recours à la main-d'oeuvre et aux capitaux est restée relativement faible. La demande croissante en ressources naturelles a fondé la richesse toujours plus grande du Canada, une relation mise en relief dans la théorie de la "croissance des ressources naturelles".
Pourcentage à l'exportation de différents groupes de produits au Canada en 1960 et en 1998
| Groupes des produits | 1960 | 1998 |
| Produits alimentaires, boissons, tabac, animaux d'élevage | 19 % | 8 % |
| Ressources naturelles & traitées (y compris le pétrole) | 72 % | 37 % |
| Produits finis prêts à la consommation | 9 % | 55 % |
Au cours de l'évolution, l'importance des ressources naturelles pour l'économie du Canada a cependant diminué, en particulier par rapport au volume total du chiffre d'affaires. Dans le monde occidental, l'importance de la main-d'oeuvre et des capitaux pour la production de biens de consommation a fortement augmenté, ce qui n'est pas resté sans conséquences pour le secteur canadien des ressources naturelles. En raison de la baisse mondiale de la demande en ressources naturelles, l'importance des exportations de ce secteur diminue également par rapport au volume total des exportations. En particulier, le pourcentage de produits semi-finis et finis [9] à l'exportation est en croissance constante, comme le montre bien le tableau ci-dessus. Il est à noter que cette évolution est assez récente: elle concerne avant tout les 25 dernières années, au cours desquelles toute l'économie d'exportation du Canada a connu des changements radicaux. Il faut retenir toutefois qu'entre 1500 et 1950, l'exportation de ressources naturelles a joué un rôle primordial au Canada et a contribué de façon décisive au développement du pays.
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