Unité 4: Le commerce des fourrures au Canada - Evolution historique et importance actuelle

(Alfred Hecht)

Objectifs didactiques: aperçu de l'importance historique du commerce des fourrures pour la colonisation du Canada et de sa place dans l'économie actuelle. (Unité complétée par module 4/unité 4).

Mots-clé: animaux à fourrure, commerce des fourrures, population autochtone, sociétés commerciales, Compagnie de la Baie d'Hudson, Compagnie du Nord-Ouest, comptoirs de commerce, trappeurs, importance économique des fourrures.

La pêche a constitué la première exploitation des ressources naturelles du Canada par les puissances coloniales européennes. Environ un siècle plus tard, une deuxième ressource a gagné peu à peu en importance: la richesse en animaux à fourrure. La demande européenne en fourrures, qui a fortement augmenté jusqu'au début du XIXe siècle, a joué un rôle décisif dans cette évolution. Pour satisfaire cette demande, trappeurs et pelletiers pénétrèrent toujours plus avant dans l'intérieur du pays en quête de cette précieuse ressource naturelle [1]. Au cours de leur exploration, ils atteignirent des régions habitées par la population autochtone indienne, qui vivait quelquefois encore de la chasse et de la cueillette. Cette exploration a permis l'étude et la cartographie systématique d'une grande partie des paysages uniques du Canada. Les Français ont conquis une position-clé dans le commerce des fourrures, dont la ville de Montréal est devenue le principal centre, depuis sa fondation en 1642. C'est là que la Compagnie du Nord fut fondée en 1682; en 1685, le roi de France Louis XIV lui accorda le monopole du commerce des fourrures en territoire colonial français sur le continent nord-américain. Après la perte de la Nouvelle-France, tombée aux mains des Anglais en 1763, la Compagnie du Nord-Ouest devint l'une des plus importantes sociétés de commerce des fourrures du continent.

Le commerce des fourrures est aussi le miroir des rivalités entre Anglais et Français. Deux des plus célèbres "coureurs de bois", les Français Médard Chouart des Groseillers [2] et Pierre-Esprit Radisson [3], partis de Montréal, atteignirent en 1659 les régions situées au sud de la Baie d'Hudson, d'où ils rapportèrent une énorme quantité de fourrures, qui dut être transportée en bateau par 300 Indiens. Mais des intrigues causèrent l'emprisonnement de ces deux explorateurs, qui n'obtinrent le droit de se pourvoir en grâce auprès du roi Louis XIV qu'après de longs pourparlers. Les deux hommes attirèrent l'attention du roi sur l'incommensurable richesse en fourrures des forêts canadiennes et suggérèrent d'installer des comptoirs de commerce le long de la Baie d'Hudson, afin d'exploiter cette richesse. Mais le roi de France prit ces propositions à la légère. Très désappointés, des Groseillers et Radisson se tournèrent alors vers le roi d'Angleterre, Charles II, qui se trouva disposé à les écouter.

Ces événements eurent une portée considérable. Le Prince Rupert, le cousin du roi d'Angleterre, fut chargé par ce dernier d'organiser une expédition commerciale vers la Baie d'Hudson, et fonda une première société commerciale sous drapeau anglais. En 1688, des Groseillers prit au nom de cette société le commandement du navire marchand Nonsuch [4], qu'il conduisit dans la Baie d'Hudson, et fonda un fort à l'extrémité sud de la Baie James [5] (Fort Rupert). 1670 marque la fondation de la Compagnie de la Baie d'Hudson [6], qui allait devenir par la suite, sur la base du commerce des fourrures, l'une des plus puissantes sociétés commerciales du continent. Le roi d'Angleterre confia à cette société l'administration fiduciaire de toute la région des fleuves qui se jettent dans la Baie d'Hudson: Rupert's Land [7] était né, un territoire s'étendant, comme il s'avèrera par la suite, jusqu'aux hautes montagnes de l'ouest canadien [8].

Les Anglais développèrent alors leur commerce des fourrures, empruntant des routes commerciales qui menaient presque toutes à la Baie d'Hudson, d'où partaient les navires pour l'Europe, chargés de leur précieuse cargaison. La Compagnie de la Baie d'Hudson, qui organisait ce commerce, mit en place dans la région qu'elle administrait un réseau de comptoirs de commerce [9], sortes de centres de regroupement des fourrures qui étaient livrées par les Indiens, puis acheminées par voie fluviale et sur les lacs jusqu'aux ports de la Baie d'Hudson. Quelques-uns de ces anciens comptoirs de commerce, comme York Factory [10], existent encore aujourd'hui, même s'ils ont perdu depuis longtemps l'importance qu'ils avaient autrefois. En 1835, la Compagnie de la Baie d'Hudson et la Compagnie du Nord-Ouest fusionnèrent, créant ainsi un empire commercial encore plus puissant. Cependant, cette fusion se produisit à une époque où le commerce des fourrures amorçait déjà son déclin.

Dans la structure économique actuelle du Canada, le commerce des fourrures [11] joue un rôle assez mineur par rapport à son importance passée. Le Canada compte cependant encore parmi les plus importants fournisseurs de fourrures [12] du monde. Les différents groupes d'autochtones, pour lesquels le commerce des fourrures représente encore la principale source de revenus, participent pour une grande part à ce secteur économique. Selon les estimations, 88.000 personnes sont directement ou indirectement actives dans le secteur de la chasse aux animaux à fourrures et du commerce des fourrures, dont 90 % de trappeurs. Le secteur réalise un chiffre d'affaires de près de 800 millions de dollars, dont un tiers (environ 270 millions de dollars) est à mettre sur le compte des exportations, ce qui ne représente à l'heure actuelle que 0,1 % du volume total des exportations de l'économie canadienne.

Comme dans le secteur de la pêche, de profonds changements se sont produits en matière de production de fourrures au Canada [13]. Près de la moitié de la production actuelle est réalisée dans des fermes d'élevage d'animaux à fourrure: Presque tous les visons, en particulier, sont élevés dans ces centres; les autres animaux à fourrure, avant tout les castors, les martres et les rats musqués, sont encore essentiellement capturés de façon traditionnelle par la pose de pièges. Montréal a su conserver son importance historique en tant que centre du commerce des fourrures: la ville réalise plus de 80 % de la production nationale des produits finis de la fourrure (bonnets et manteaux de fourrure, par ex.). 80 % de ces produits finis sont vendus aux États-Unis, qui représentent donc le principal client du Canada dans ce secteur.

Questions et devoirs: Quiz interactif

[1] http://www.mta.ca/faculty/arts/canadian_studies/francais/realites/multimedia/explorateurs/index.html
[2] http://www.lafete.org/new/v_ger/ex/rgF.htm
[3] http://www.nlc-bnc.ca/2/6/h6-236-f.html
[4] http://seagifts.com/seagifts/nonsuch.html
[5] http://www.middlewaters.com/Illustrations/historicalillustrations13.html
[6] http://www.canadiana.org/hbc/_popups/PAMhbc1670-1763_f.htm
[7] http://collections.gc.ca/helmcken/people/hbc.html
[8] http://cbc.ca/history/?MIval=EpisodeHome.html&episode_id=6&lang=F
[9] http://www.gov.mb.ca/chc/archives/hbca/resource/cart_rec/postmap/hbc.jpg
[10] http://parkscanada.gc.ca/lhn-nhs/mb/yorkfactory/index_f.asp
[11] http://www.statcan.ca/francais/Pgdb/prim46_f.htm
[12] http://www.furcouncil.ca/french/fr_industry/history_fr.htm
[13] http://www.fur.ca/main_f.html

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