Unité 5 : Caractéristiques géographiques du secteur de l'énergie au Canada

(Alfred Hecht)

Objectifs didactiques: présentation des principales structures de base du secteur de l'énergie au Canada, de ses potentiels et des risques encourus. Cette unité de texte est destinée à sensibiliser aux questions de consommation d'énergie, de potentiels des ressources, de durabilité des évolutions dans le secteur de l'énergie, etc.

Mots-clé: pétrole, gaz naturel, charbon, énergie hydraulique, énergie atomique, sables bitumineux, richesses naturelles, exploitation des ressources naturelles, consommation d'énergie, exportation de l'énergie.

Le Canada se distingue au plan mondial par une très forte consommation d'énergie [1] par habitant: elle est plus élevée que celle des États-Unis voisins d'environ 50 % et que celle de l'Inde d'environ 60 %. Ce constat s'explique par de multiples raisons: hivers froids, étés chauds, grandes distances à parcourir, fort pourcentage de ressources extraites du sol exigeant beaucoup d'énergie au cours du processus d'extraction et de transformation, et bien sûr aussi le grand désir de confort de la population du pays. Le Canada dispose d'importantes ressources en énergie, de sorte que l'on pourrait croire qu'il n'y a pas lieu de freiner la consommation d'énergie. Quelle que soit l'évaluation que l'on en fasse: il est manifeste que les Canadiens sont souvent considérés de par le monde comme des gaspilleurs d'énergie.

Le Canada compte parmi les grands pays producteurs et exportateurs d'énergie. Il dispose de riches sources d'énergie [2], telles que le pétrole, le gaz naturel, le charbon, l'énergie hydraulique et autres sources d'énergie comme le bois, l'énergie solaire, l'énergie éolienne et l'énergie atomique. Le chiffre d'affaires du secteur de l'énergie s'élevait au Canada, dans la deuxième moitié des années 1990, à près de 23 milliards de dollars par an, les plus importants biens d'exportation [3] du secteur étant le gaz naturel, le pétrole, le charbon et l'électricité. Par rapport au volume total des exportations du pays, ce chiffre correspond à un pourcentage de 7 %. Comme on pouvait s'y attendre, la part du lion de ces exportations d'énergie revient aux États-Unis voisins, tandis que le reste se répartit entre les différents États riverains de la région du Pacifique.

Le secteur économique canadien de l’énergie se distingue par le fait que le pays dispose d’un grand nombre de ressources énergétiques, mais que celles-ci ne sont pas réparties uniformément [4] sur les différentes régions. Les Canadiens ont coutume de parler de provinces "riches en énergie" et de provinces "pauvres en énergie". En ce qui concerne les ressources naturelles riches en hydrocarbure (avant tout le charbon, le pétrole et le gaz naturel), l’Alberta, la Colombie-Britannique et le Saskatchewan représentent les provinces "riches en énergie". Toutes les autres provinces sont "pauvres en énergie", du moins pour ce qui est de ces ressources naturelles.

Mais des provinces comme le Manitoba [5], le Québec [6] et Terre-Neuve [7] détiennent de grands potentiels en énergie hydraulique, qu’elles mettent à profit pour produire de l’électricité. Elles exportent une grande partie de cette production vers les provinces voisines et les États-Unis. Cependant, les principales centrales hydro-électriques se trouvent dans des régions très reculées, dans le nord de ces provinces: cela signifie que le courant électrique produit doit être acheminé sur de très grandes distances par des lignes à haute tension jusqu’aux consommateurs habitant au sud [8], ce qui s’accompagne d’une certaine perte d’énergie. Mais un problème plus considérable encore réside dans le fait que ces centrales hydro-électriques exigent d’immenses surfaces, pour pouvoir construire les murs de barrage [9] et remplir les réservoirs d’eau qui permettent de faire marcher les turbines. L’aménagement de ces lacs de retenue pose certaines difficultés. Il a fallu en particulier mener de longues et laborieuses négociations avec la population autochtone des régions concernées, car ces lacs artificiels ont fait disparaître de grandes parties des territoires de chasse et de pêche traditionnels de cette population. Eu égard à ces conflits d’occupation des sols et aux répercussions négatives qu’ont les grands barrages sur le milieu naturel, il est peu probable que d’autres projets de ce type soient lancés à l’avenir dans la plupart des régions du nord du Canada.

A la différence des centres de production hydro-électrique, les sites conventionnels des sources d’énergie primaires se trouvent pour la plupart dans les provinces de l’ouest. L’Alberta, par exemple, où le premier grand champ de pétrole a commencé à être exploité près de Leduc, en 1947 , détient 65 % des réserves conventionnelles [10] de pétrole du Canada. D'autres réserves se trouvent au Saskatchewan (12 %), dans les Territoires du Nord-Ouest (8 %) et sur la plate-forme continentale atlantique (15 %). Ces derniers 15 % proviennent du champ pétrolifère d’Hibernia [11], qui est situé à environ 300 km à l’est de Terre-Neuve, dans la région du Grand Banc. Bien que cette région des eaux côtières soit juridiquement placée sous l’autorité du gouvernement fédéral canadien, l’extraction du pétrole relève de la compétence de Terre-Neuve, la province riveraine. Selon les calculs qui ont été effectués pour le Canada tout entier, les gisements de pétrole déjà connus suffiront pour dix ans encore, si le rythme actuel d’exploitation se maintient, à moins que de nouveaux gisements ne soient encore découverts. Le fait est que les ressources conventionnelles en pétrole sont restées pratiquement inchangées au cours des dix dernières années, en raison de la découverte de nouveaux gisements, et tout porte à penser que ce sera encore le cas à l’avenir, de sorte que selon les estimations, en tenant compte des gisements qui n’ont pas encore été découverts, il faudra encore 50 ans avant que les ressources en pétrole ne soient épuisées.

Parallèlement, il existe les gisements de pétrole dits non-conventionnels, situés parfois très au nord de l’Arctique canadien, au large des côtes, mais aussi et avant tout dans les sables bitumineux du nord-est de l’Alberta, qui sont constitués d’un mélange de sable et de bitumes [12], une sorte de boue visqueuse qui affleure en grandes quantités à la surface, et peut donc être extraite en exploitation à ciel ouvert. L'extraction de pétrole s’effectue par chauffage des sables bitumineux: le pétrole devient alors plus fluide et peut être séparé du sable. Après cette séparation, le pétrole peut être transformé de la même façon que celui provenant des gisements conventionnels. Aujourd’hui, 25 % de l’extraction de pétrole brut au Canada [13] proviennent des sables bitumineux de l’Alberta. Le Canada est d’ailleurs le seul pays au monde qui extrait du pétrole de sables bitumineux, dont les réserves correspondent pratiquement au volume total des gisements pétrolifères connus des États du Golfe, considérés à l’heure actuelle comme les plus importants du monde. La technologie moderne permet d’extraire des sables bitumineux canadiens près de 300 millions de barils de pétrole (1 baril = 160 litres), c’est-à-dire environ 30 fois plus que tous les gisements de pétrole conventionnels [14] du pays pris ensemble. En d'autres termes: sur la base de la technologie moderne et de la demande actuelle, les réserves de pétrole non-conventionnelles pourraient assurer les besoins du Canada pour 250 ans encore.

Une autre source d'énergie primaire essentielle est le gaz naturel, dont l'importance a même enregistré ces dernières années la plus forte croissance. L'avantage du gaz est qu'il s'agit d'une ressource naturelle abondante et propre, qui peut être en outre transportée relativement facilement et économiquement à l'aide d'un réseau national de gazoducs. Les principales réserves de gaz se trouvent une fois de plus dans les Prairies, mais aussi dans l'Atlantique, au large des côtes de la Nouvelle Ecosse [15], ainsi que dans l'Arctique canadien [16]. Les trois provinces de l'ouest (la Colombie-Britannique, l'Alberta et le Saskatchewan) disposent ensemble de plus de 82 % des réserves exploitables en gaz naturel [17]. Comme pour le pétrole, la plus grande part du gaz naturel exploité est exportée vers les États-Unis [18]. Les réserves connues suffiront pour 30 ans encore, si l'on se base sur le rythme actuel d'exploitation.

Le charbon compte également parmi les sources d'énergie primaires [19] traditionnelles, sans laquelle la révolution industrielle serait impensable. Cependant, l'importance relative de cette source d'énergie dans l'économie mondiale, et bien sûr aussi au Canada, a diminué, dans la mesure où elle a été remplacée par le pétrole, le gaz naturel et l'électricité provenant d'autres sources primaires. Ce recul est dû en particulier au fait que le charbon représente une ressource naturelle "sale", de moindre efficience et flexibilité. Le charbon reste malgré tout aujourd'hui important pour la production thermique [20] d'électricité du Canada (90 % des réserves extraites sont utilisées pour la production d'électricité), et pour l'industrie de l'acier. A l'heure actuelle, on estime même que le volume du charbon dans la production d'énergie du Canada, qui est actuellement de 4,5 %, va remonter à près de 8 % jusqu'en 2020, essentiellement pour deux raisons: d'une part, les gisements situés dans l'ouest du pays permettent une extraction relativement économique en exploitation à ciel ouvert, d'autre part, l'efficience de la production d'électricité thermique est garantie, par rapport aux problèmes posés par les grands projets hydro-électriques au nord du pays et par la production d'énergie atomique. Près de 8.000 personnes travaillent aujourd'hui au Canada dans le secteur de l'exploitation du charbon, dont le chiffre d'affaires annuel [21] est d'environ 5,8 milliards de dollars.

En ce qui concerne les réserves en charbon [22], ce sont encore une fois la Colombie-Britannique, l'Alberta et le Saskatchewan [23] qui possèdent les plus grands gisements. Près de la moitié du charbon extrait dans ces provinces est actuellement exporté vers le Japon [24]. Par contre, la province de l'Ontario importe [25] du charbon des États-Unis voisins: le charbon y est destiné à l'industrie de l'acier et aux centrales thermiques mises en service par la société Ontario Hydro. L'extraction de charbon sur l'île de Cap Breton, près de Sydney (Nouvelle-Écosse) appartient quant à elle au passé: bien que les gisements soient loin d'y être épuisés, la mauvaise qualité du charbon (forte teneur en soufre), les coûts d'extraction élevés en exploitation profonde et la récente fermeture de l'aciérie locale ont abouti à l'abandon définitif de l'exploitation du charbon. Globalement, on peut dire que les réserves de charbon joueront encore un grand rôle au Canada à l'avenir, ne serait-ce que parce qu'elles sont près de dix fois plus importantes que les réserves conventionnelles en pétrole et en gaz naturel. En d'autres termes: les gisements de charbon connus pour l'instant devraient suffire pour au moins encore 100 ans, au rythme d'extraction actuel.

Questions et devoirs Quiz interactif

[1] http://www.energy.ca/ECCIC.html
[2] http://www.energy.ca/CG.html
[3] http://www.statcan.ca/francais/Pgdb/gblec04_f.htm
[4] http://www.nrcan.gc.ca/es/ceo/napr-96b.html
[5] http://www.gov.mb.ca/em/energy/alternative/electric_f/index.html
[6] http://www.hydroquebec.com/production/hydroelectrique/index.html
[7] http://www.gov.nf.ca/mines&en/industry/overview.stm
[8] http://www2.nrcan.gc.ca/es/erb/francais/view.asp?x=447&oid=629
[9] http://www.hydroquebec.com/visitez/visite_virtuelle/barrage.html
[10] http://www.alberta-canada.com/oandg/fasfac.cfm
[11] http://www.gov.nf.ca/mines&en/maps/offshore/SDOGB.pdf
[12] http://www.syncrude.com/who_we_are/01_02.html
[13] http://www.syncrude.com/who_we_are/01_01.html
[14] http://www.energy.ca/OIL.html
[15] http://www.economics.gov.nf.ca/bulletins/oil.asp
[16] http://www.ainc-inac.gc.ca/oil/Pdf/earct.pdf
[17] http://www.energy.ca/GAS.html
[
18] http://www.neb.gc.ca/Statistics/index_f.htm
[
19] http://www.coal.ca/coalmap.htm
[
20] http://www.coal.ca/class/world/cancoalgen.htm
[
21] http://www.coal.ca/coalincan.htm
[
22] http://www.coal.ca/stats/coalstats.htm
[
23] http://www.ir.gov.sk.ca/Default.aspx?DN=3549,3541,3538,3385,2936,Documents
[
24] http://www.coal.ca/stats/coalstats.htm#ebd
[
25] http://www.coal.ca/stats.htm#StatisticsImports


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