Les forêts et les produits de l'industrie forestière [1] ont toujours été et sont encore à l'heure actuelle l'une des plus importantes ressources naturelles de l'économie canadienne. Dès le début de la colonisation [2], les forêts ont fourni aux colons du bois de construction et un matériau de chauffage. Très tôt, les gros troncs des arbres géants ont été également convoités par les Anglais pour la construction navale. Souvent, les bateaux qui transportaient les nouveaux immigrants vers le Canada, rentraient pour l'Europe avec de pleines cargaisons de bois de construction. Durant la première phase de colonisation du Canada, ce sont surtout les régions bordant la façade atlantique et le fleuve Saint-Laurent qui ont été le plus touchées par ce processus. Au début du XXe siècle, l'ouverture de l'ouest du Canada à la colonisation et la diffusion croissante des journaux sur le continent nord-américain entraînèrent une très forte demande en bois de construction et en papier qui aboutit inévitablement au développement de l'exploitation économique des forêts [3]. On commença par exploiter les forêts de feuillus des régions méridionales des provinces de l'est, puis aussi les forêts de conifères situées plus au nord. Ces dernières se prêtaient mal à la production de bois de construction, en raison de la petite taille des arbres, mais d'autant mieux par contre à la fabrication de produits à base de cellulose et de papier. De plus, l'abattage mécanisé pouvait s'y effectuer plus facilement, ce qui a considérablement contribué à la propagation de la pratique de coupe blanche. Jusqu'à aujourd'hui, l'industrie de la cellulose et du papier de la région des forêts boréales (appelée aussi le cordon central du Canada) est de loin la plus demandeuse en bois abattu. Selon les estimations, le Canada détient près de 10 % des surfaces boisées de la terre [4]. Ce pourcentage est cependant nettement inférieur si l'on tient uniquement compte des forêts exploitables. Plus on remonte vers le nord du pays, plus les arbres sont de petite taille, pour passer progressivement à une végétation de buissons, puis à la toundra, totalement dépourvue d'arbres. Enfin, le grand nord est le royaume de la neige et des glaces. En d'autres termes: près de 45 % de la surface du Canada sont recouverts de forêts, dont la moitié seulement sont économiquement exploitables. Comme c'est le cas pour d'autres ressources naturelles, les forêts du Canada ne sont pas réparties uniformément sur les différentes provinces [5] du pays. Le Québec (20 %), la Colombie-Britannique (15 %), l'Ontario (14 %) et l'Alberta (9 %) possèdent les plus grandes surfaces boisées. Mais si l'on considère les surfaces économiquement exploitables, c'est la Colombie-Britannique qui arrive nettement en tête avec 42 %, devant le Québec (17 %), l'Ontario (12 %) et l'Alberta (12 %). Il apparaît clairement que l'économie forestière canadienne a deux pôles principaux: l'un est situé dans le Canada central, avec le Québec [6] et l'Ontario, l'autre dans l'ouest du Canada, avec l'Alberta et la Colombie-Britannique [7]. L'exploitation forestière représente un important secteur [8] au sein de l'économie du Canada. A l'exception de la Norvège et de la Finlande, aucun autre pays au monde ne participe autant par son économie forestière au volume total des exportations du pays: cette participation était au Canada de 12 % dans les années 1990. Près de 75 % des produits du bois canadiens [9] sont exportés (principalement sous forme de cellulose et de papier), les principaux clients étant les États-Unis, le Japon et quelques autres pays asiatiques. Seules de moindres quantités sont exportées vers l'Europe, l'Afrique ou l'Amérique latine. C'est la Colombie-Britannique qui participe le plus à l'économie forestière canadienne, avec 30 % de la valeur totale de production. Près de 70 % du bois de construction, 90 % de la production de cellulose et de papier et 85 % du papier journal y sont destinés à l'exportation. En d'autres termes: l'économie de la province est très dépendante des marchés extérieurs et de la conjoncture des prix. Si l'on considère l'abattage des arbres du point de vue de la superficie, la Colombie-Britannique n'arrive cependant qu'en troisième position, derrière le Québec et l'Ontario. Au total, près d'un million d'hectares de forêts sont abattus chaque année au Canada (tableau 6.1), ce qui correspond à 0,4 % environ de la surface boisée du pays économiquement exploitable, et à 40 % environ de la surface qui est chaque année la proie des feux de forêts naturels. En se basant sur ces seuls chiffres, on peut penser que la surface boisée a le temps de se régénérer avant qu'un nouvel abattage d'arbres n'ait lieu. A la fin des années 1990, près de 80 % de l'abattage était pratiqué en coupe blanche [10], mais ce pourcentage est en recul, en particulier en ce qui concerne les arbres à bois dur. La plus grande société canadienne du bois et du papier, MacMillan Bloedel Ltd. [11] (rachetée en 1999 par le groupe des USA Weyerhaeuser), a récemment annoncé qu'elle allait abandonner à l'avenir la pratique de coupe blanche au profit d'un abattage sélectif des arbres [12]. Depuis peu, le Canada a mis en place des programmes de reboisement, en partie sous la pression de l'opinion publique [13]. Par le passé, on partait du fait que les forêts se régénèrent de façon naturelle après l'abattage, comme c'est le cas des surfaces détruites par des feux de forêts, qui sont très étendues, dans le sud mais surtout dans le nord du pays, et qui dépassent de loin les surfaces d'abattage. Selon les dispositions prévues actuellement par la loi, les surfaces de coupe blanche sont cependant reboisées au moins pour moitié par des entreprises privées ou par les pouvoirs publics, tandis que l'on laisse les surfaces restantes se régénérer d'elles-mêmes (tableau 6.4). Contrairement à beaucoup de forêts européennes (par ex. allemandes) et américaines, la plupart des forêts canadiennes appartiennent aux provinces [14] (71 %) et à l'État (23 %), tandis que les forêts domaniales privées sont très minoritaires (6 %). Mais ces dernières représentent tout de même près de 1,5 % de la superficie totale du pays, ce qui correspond à la moitié du territoire de la République fédérale d'Allemagne. La plus grande partie des arbres abattus au Canada appartiennent aux forêts du domaine public. Les entreprises privées obtiennent, moyennant une taxe spéciale perçue sur les souches d'arbres (stumpage fees), une licence leur permettant d'abattre des arbres sur une certaine surface. Font également partie de ces conventions les dispositions concernant le reboisement, effectué soit par des entreprises privées, soit par les pouvoirs publics. Un problème de tout autre ordre est le fait que la plus grande partie des forêts du Canada appartenaient autrefois à la population autochtone [15]. Seule une infime partie de ces surfaces boisées a été transférée à la Couronne britannique dans le cadre d'accords. C'est pourquoi les Indiens revendiquent aujourd'hui leurs droits sur la plupart des forêts du pays, en invoquant le fait que leurs pères et leurs aïeux vivaient de ces forêts bien avant que les Européens ne foulent pour la première fois le sol du continent. Tant que ces revendications ne sont pas réglées sur le plan juridique, un certain flou persiste, qui se répercute sur la situation actuelle de l'économie forestière. Un problème relativement nouveau pour l'économie forestière du Canada [16] concerne les changements intervenus au niveau de la demande. Ainsi, la demande en papier accuse une forte régression, en raison des procédés de recyclage. Dans le secteur du bâtiment et de l'industrie de transformation, l'acier, l'aluminium, le vinyle, le plastique et autres matériaux, supplantent de plus en plus le bois. On peut donc s'attendre à ce que l'importance de l'exploitation forestière pour l'économie du Canada diminue encore à l'avenir.
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