Le Canada est un pays très boisé [1] dont l'évolution a toujours été fortement dépendante de l'exploitation de ses forêts. Aujourd'hui encore, l'économie forestière est un important facteur économique [2]: le bois et les produits dérivés du bois constituent, de par leur volume commercial [3] (1998 = 31,6 milliards de dollars), l'un des principaux groupes de produits [4]. De plus, les forêts jouent un rôle essentiel pour les loisirs et le tourisme, ce qu'illustre bien la cote de popularité élevée décernée par les visiteurs étrangers aux parcs nationaux. Le Canada rassemblant à lui seul près de 10 % des surfaces boisées de la terre [5] et 20 % environ du commerce mondial dans le secteur des produits sylvicoles, ce pays est clairement appelé à endosser au plan mondial une responsabilité toute particulière de protection de ses forêts. On comprend donc que le Canada joue un rôle de premier plan dans le débat international [6] portant sur la préservation des forêts, et qu'il s'efforce de jeter les bases d'un aménagement durable des forêts [7] à l'intérieur de ses frontières. Ce débat s'ouvre de plus en plus aussi à la population autochtone du pays, dont les connaissances ancestrales de l'environnement sylvestre peuvent s'avérer très précieuses.
La politique menée par le Service Canadien des Forêts [8] (Canadian Forest Service) est centrée à la fois sur la durabilité [9] et le maintien de la compétitivité de l'économie forestière canadienne au profit de la société actuelle et des générations futures. A cette fin, le SCF dispose d'un important effectif de scientifiques et d'experts. Il s'efforce de développer, en concert avec tous les partenaires concernés, une stratégie sylvicole nationale, des modèles d'exploitation forestière nationaux et internationaux, ainsi que des critères et indicateurs de base pour une économie forestière durable [10]. D'autres institutions, comme le ministère Ressources Naturelles Canada [11] (Department of Natural Resources Canada), cherchent à encourager l'aménagement durable et responsable des forêts et autres ressources du Canada (Draper, 1998: 309).
Dès 1992, le Conseil canadien des ministres des forêts (CCMF) [12] (Canadian Council of Forest Ministries) a adopté un premier texte de stratégies. Le 4 mai de la même année, a été adopté le premier Accord canadien sur les forêts (Canada Forest Accord). Ces deux documents forment depuis le socle de la politique canadienne [13 en matière d'économie forestière (Draper 1998: 309). Ils contiennent déjà pour l'essentiel les six champs d'action qui représentent aujourd'hui les principes fondamentaux d'un aménagement durable des forêts au Canada.
Aussi bien la Stratégie nationale sur les forêts (SNF) [14] (Forest-Service Strategic Plan) que l'Accord canadien sur les forêts [15] ont été adoptés en 1998 après amendement. Ils définissent les objectifs du SCF qui doivent être réalisés entre 1998 et 2002 au niveau des entreprises, des consommateurs et autres partenaires à l'échelle nationale et internationale. L'énoncé des programmes et objectifs essentiels révèle clairement que les questions d'environnement sont particulièrement importantes pour le SCF. Un plan général d'action propose six points centraux stratégiques [16] appelant les responsables politiques et les scientifiques à prendre leurs responsabilités. Ces champs d'action concernent la protection de la biodiversité, la préservation et l'amélioration de l'écosystème sylvestre, le renforcement des possibilités d'exploitation économique, la protection des sols et des eaux, la position de l'écosystème sylvestre au sein des autres écosystèmes, ainsi que les responsabilités qui incombent à la collectivité pour un aménagement durable des forêts. Un catalogue de critères et d'indicateurs a été élaboré et sert de base à la mise en uvre de ces champs d'action. Il a pour objet l'influence de l'homme sur l'écosystème sylvestre, les conditions écologiques générales, l'importance écologique et socio-économique de la forêt, la réaction sociale aux méthodes de coupe et les transformations de l'écosystème en général (Mitchell, 1997: 265-266). Sur la base de la SNF seront mis en place des programmes d'action annuels. Il s'agit d'optimiser l'aménagement durable des forêts en s'appuyant sur les acquis de l'économie forestière, et parallèlement, de réaliser des travaux de recherche en vue d'une meilleure connaissance de l'écosystème sylvestre.
Dans le détail, la SNF prévoit entre autres l'évaluation des progrès accomplis au Canada sur la voie d'une économie forestière durable, en fixant un certain nombre de données de base. Les études scientifiques serviront au développement de nouvelles formes d'économie forestière durable, y compris le finissage du bois et des produits dérivés au moyen de techniques non polluantes. La SNF s'est également fixé pour objectif la constitution d'un consensus national portant sur les questions d'économie forestière, sous forme de l'Agenda Engagement à l'égard de l'aménagement durable des forêts [17] appelant tous les responsables économiques et politiques des provinces et territoires, l'industrie forestière, la population autochtone, les scientifiques, les écologistes, les propriétaires privés de domaines forestiers et tous les autres groupes ou particuliers concernés, à assumer conjointement leurs responsabilités. L'avenir des forêts devient de plus en plus un sujet d'inquiétude. Dans ce contexte et dans le cadre de l'Agenda, on cherche donc à ouvrir de nouvelles voies, à élargir les zones protégées, à établir une législation plus stricte sur l'environnement et à redoubler d'efforts pour mettre en place des programmes de reboisement (Draper, 1998: 309).
Avec cette stratégie, le SCF aborde même au-delà des frontières nationales [18] des questions d'économie forestière durable, pour éviter en particulier que l'économie forestière canadienne ne soit en position désavantageuse par rapport aux autres pays. Eu égard à tous ces objectifs fixés, il est parfaitement compréhensible que le SCF opère en coopération avec de nombreuses administrations gouvernementales et régionales canadiennes et étrangères et contribue ainsi aux décisions prises en matière d'économie forestière. Le gouvernement canadien est convaincu qu'un cadre législatif ferme constitue la meilleure base pour réaliser les principes d'un aménagement durable des forêts au plan international et promouvoir la coopération pour la prévention de la destruction des forêts dans le monde.
Le programme Réseau Canadien de Forêts Modèles [19] (Model Forest Program) est une autre initiative d'aménagement durable des forêts lancée dès 1991. Dans le cadre de ce programme, dix surfaces d'essai [20] de 100.000 à 2,5 millions d'hectares ont été sélectionnées au plan national. Diverses organisations et personnes ont attribué à chacune de ces surfaces des objectifs bien particuliers en fonction desquels elles seront observées et exploitées. Les partenaires concernés diffèrent selon les cas: autorités des différentes provinces et du gouvernement fédéral, entreprises du secteur de l'industrie forestière et des loisirs, population autochtone [21], collectivités locales, propriétaires terriens particuliers, organisations de protection de l'environnement, scientifiques, etc. Ce programme présente un grand avantage: il permet de rassembler ainsi autour d'une même table les représentants d'intérêts les plus divers, qui peuvent échanger leurs expériences, mais aussi, dès la première phase de planification d'économie forestière, d'éclairer toutes les facettes de la forêt et de ses possibilités d'exploitation et d'explorer les solutions qui s'offrent face aux aspects problématiques. Les surfaces CFM s'étendent sur les zones les plus diverses, englobant des parcs nationaux, des forêts domaniales privées, des réserves de la population autochtone [22], des forêts appartenant aux provinces et autres (Draper, 1998, p. 313).
L'évaluation entreprise dix ans environ après l'attribution des surfaces CFM met à jour des résultats tout à fait divers. Le programme Western Newfoundland Model Forest [23] a mis l'accent dès le départ sur les questions de faune, initiant en particulier des actions de préservation et de protection de la martre. Dans la moyenne montagne du Manitoba et dans la région du lac Abitibi, ont été réalisés des travaux d'observation des conditions de vie du caribou des forêts. Par contre, les investigations du programme British Colombia's Long Beach Model Forest ont été centrées sur les questions de principe relatives à la préservation de la forêt de la côte du Pacifique de l'Amérique du Nord [24]. Tout cela ne représente qu'un début, mais c'est un pas décisif pour la préservation de l'écosystème sylvestre [25] et la sauvegarde, pour les générations futures, de la richesse en apparence illimitée du Canada.
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