Les ressources en eau douce [1] sont l'une des plus importantes matières premières du Canada, qui rassemble à lui tout seul près de 9 % [2] des ressources mondiales en eau douce: un potentiel apparemment inépuisable. Cependant, bien que ce pays ait fixé de très précises recommandations [3] de pureté de ses eaux intérieures, certaines régions sont touchées par la pollution de l'eau [4], ce qui les amène quelquefois à émettre des interdictions, telles que celle de nager, de consommer du poisson, etc. Il faut mentionner en particulier trois causes [5] de pollution des eaux intérieures [6]: les substances toxiques, une trop forte teneur en substances nutritives et l'immersion de matières solides polluantes. La pollution des eaux usées est surtout due aux activités industrielles et agricoles, mais aussi aux particuliers. Les substances toxiques arrivent dans le cycle de l'eau par les voies les plus diverses, les principales sources de pollution étant les conduites d'évacuation d'installations industrielles, le déversement incontrôlé d'huile ou d'eaux usées chimiques, l'évacuation des eaux usées des communes, mais aussi les émissions atmosphériques en provenance des USA et du Mexique, source continuelle de discussions et de déclarations [7]. D'importants accords ont d'ores et déjà été passés avec les USA, sous forme d'un Plan d'urgence bilatéral États-Unis-Canada en cas de pollution dans la zone frontalière intérieure [8] (Canada-United States Joint Inland Pollution Contingency Plan).
Eu égard à la gravité de cette problématique, le Canada a pris un certain nombre de mesures visant la protection de l'eau, et adopté toute une série de décrets et de lois, dont la principale date de 1970: la Loi sur les ressources en eau du Canada [9] (Canada Water Act). Pratiquement tous les ministères et services administratifs veillent à la bonne application des lois. Après plusieurs années de débats soutenus, le gouvernement fédéral a élaboré, en collaboration avec un grand nombre d'experts du secteur administratif et privé, un catalogue d'instructions officielles [10] sur la protection de l'eau stipulant que toute exploitation des ressources en eau - et ses répercussions possibles sur l'écosystème - sera soumise à un contrôle. L'objectif de cette politique officielle est d'encourager les Canadiens à consommer cette matière première qu'est l'eau [11] avec modération, à l'utiliser à bon escient et à développer un sens des responsabilités qui s'harmonise avec les exigences socio-économiques et écologiques de notre temps et des générations futures. Pour ce faire, il faut que tous les Canadiens apportent leur soutien à la cause officielle du gouvernement et reconnaissent la valeur essentielle de l'eau.
Le gouvernement canadien a formulé deux objectifs prioritaires dans le domaine de la gestion et de la protection des ressources en eau. Le premier de ces objectifs est le maintien de la qualité de l'eau [12] déjà existantes et de les accroître autant que faire se peut, ce qui signifie que les nuisances dues aux substances toxiques doivent être évitées et que les eaux polluées doivent être régénérées. Il ne suffit pas pour cela de mettre en place de sévères réglementations et de fixer de strictes normes-limite, les incitations économiques étant souvent plus prometteuses. Il faut appliquer au pied de la lettre le principe pollueur-payeur, c'est-à-dire que les pollueurs doivent prendre en charge l'essentiel des coûts servant à éliminer les atteintes écologiques.
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Saviez-vous?
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Le deuxième objectif prioritaire est d'encourager l'utilisation raisonnable et modérée de l'eau [14]. Pour ce faire, il est nécessaire de développer des règles et modes d'utilisation de l'eau tenant compte de la valeur de celle-ci à tous les niveaux sociaux et pour l'environnement. La politique du juste prix [15] (realistic pricing), c'est-à-dire le report des coûts sur les différents usagers en fonction de leur consommation réelle en eau, est un efficace instrument qui permet de réduire les dépenses budgétaires (subventions et autres versements) du gouvernement fédéral pour l'alimentation en eau et d'accroître les investissements dans des systèmes d'alimentation plus performants de plus haute technologie. Une telle politique est avantageuse pour les particuliers et le secteur industriel privé, car elle permet de faire directement des économies. De plus, elle sert à promouvoir des technologies écologiques et à remplir ainsi la mission que la société s'est fixée de contribuer à préserver l'eau pour le temps présent et pour les générations futures [16].
Afin de réaliser ces deux grands objectifs, le gouvernement canadien a développé cinq stratégies, vastes champs d'action conférant au gouvernement un rôle à la fois efficient et flexible. Le premier programme d'action concerne la politique réaliste des prix évoquée plus haut. Le Canada a la plus forte consommation en eau [17] par habitant du monde entier, mais en même temps, les prix de l'eau les plus bas. Les Canadiens se sont habitués à l'idée de posséder des ressources en eau apparemment inépuisables et aussi très économiques, en raison de subventions. Les taxes sur l'eau, longtemps forfaitaires, ont favorisé une consommation abusive, rendant nécessaire un constant développement des infrastructures, du traitement de l'eau potable, des capacités de stockage, des systèmes de distribution et du traitement des eaux usées. Le report des coûts réels selon la pratique de la politique du juste prix va changer cet état de fait, car les consommateurs constateront alors la valeur réelle de l'eau par le prix qu'ils devront payer [18], ce qui entraînera une réduction de la consommation et par là, de la mise à contribution des systèmes d'alimentation en eau. Les investissements dans des technologies améliorées pour le traitement et la distribution d'eau potable feront finalement eux aussi baisser les coûts. Les autorités des provinces et collectivités locales ont toute compétence pour fixer concrètement les prix.
Le deuxième niveau d'action concerne la coopération entre scientifiques et gestionnaires de l'eau. Les études scientifiques et socio-économiques, le développement de nouvelles technologies et la saisie systématique de données [19] forment des bases essentielles face à la problématique de plus en plus complexe de la gestion des ressources. La bonne gestion des ressources en eau repose sur les acquis de la science, un cadre législatif solide et une coopération responsable avec les entreprises privées.
Le troisième niveau d'action concerne les concepts planificateurs des autorités fédérales en matière de gestion et de traitement des ressources en eau potable, qui visent à répondre à une demande croissante, aussi bien quantitativement que qualitativement, tout en prenant en compte les modes de gestion potentiels et activités reposant sur les ressources en eau, indépendamment du niveau politique, administratif, économique ou fonctionnel auquel cette gestion s'opère. Ces concepts intégrés se rapportent de préférence à des bassins hydrologiques dans leur ensemble. L'interdépendance et la concurrence toujours plus forte entre les différents consommateurs d'eau rend une planification intégrée particulièrement nécessaire. En outre, d'autres aspects doivent être pris en compte, tels que l'utilisation des plans d'eau pour les loisirs, les activités sociales et leur portée pour la protection de l'environnement. Tout cela fait apparaître clairement que la planification et la coopération intégrées entre les différents niveaux administratifs et gouvernementaux pour la gestion des ressources en eau gagnent toujours plus en importance.
Le quatrième programme d'action règle la compétence des provinces et du gouvernement fédéral en matière de gestion des ressources en eau [20]. Les provinces sont propriétaires des ressources en eau et donc directement compétentes pour l'alimentation et la consommation en eau, le contrôle de toutes les formes de pollution de l'eau, etc. En même temps, elles sont aussi responsables des questions d'exploitation hydroélectrique, d'irrigation artificielle et d'utilisation de l'eau pour les activités de loisirs. Le gouvernement fédéral est quant à lui compétent pour tous les objectifs prioritaires [21] évoqués plus haut.
Le cinquième programme d'action vise la responsabilité et la participation citoyenne: le gouvernement canadien s'est engagé à accorder aux citoyens le droit de participation en ce qui concerne les questions d'alimentation en eau et de gestion, en particulier là où il y a collision entre les intérêts sociaux, économiques et écologiques. De vastes relations publiques et des compétences clairement définies sont indispensables à une bonne coordination de tous les intérêts relatifs à l'utilisation de l'eau.
L'Association canadienne des ressources hydriques [22] (Canadian Water Resources Association), société à but non lucratif dont le siège est situé à Toronto, oeuvre pour la préservation et l'utilisation responsable de l'eau et s'emploie entre autres à sensibiliser le grand public à cette problématique. Ses activités reposent sur la conviction qu'une utilisation prévoyante et durable de l'eau ne peut s'effectuer que si chaque citoyen apporte sa contribution personnelle au maintien de l'équilibre écologique et biologique, pour le profit des générations futures. Dans le contexte de ces objectifs d'ordre éthique, l'ACRH s'efforce de développer des modèles intégrés de gestion des ressources en vue d'améliorer la qualité de l'eau et d'assurer l'alimentation en eau, y incluant d'autres matières premières, des paramètres d'ordre hydrologique, écologique et social, ainsi que des aspects spatiaux tels que les systèmes hydrologiques et les bassins d'eau phréatique.
Une plus forte prise de conscience de la valeur de l'eau, de ses limites et des coûts qu'elle génère contribuera certainement à préserver les ressources en eau, et donc à assurer à l'avenir leur disponibilité, aussi bien du point de vue qualitatif que quantitatif. L'eau est une matière première d'importance vitale, mais aussi une composante écologique essentielle de la nature. Pour ne perdre de vue ni l'un ni l'autre de ces deux aspects, il est nécessaire d'initier une coopération alliant la recherche à la planification et à la pratique. Pour les décideurs, les données fondamentales rassemblées sur la base de l'interdisciplinarité sont tout aussi importantes que la consultation active et la participation des citoyens. Cela suppose un haut degré de responsabilité, qui ne peut être atteint que par la communication, l'éducation et le libre accès public à toutes sortes d'informations (Mitchell, 1997: 39).
On peut dire globalement que le Canada a déjà mis en place de nombreuses mesures de protection de ses ressources en eau. Cependant, les exigences écologiques devenant toujours plus vastes et plus complexes, les défis se multiplient pour ce pays au lieu de diminuer. Il est essentiel que les Canadiens prennent conscience de cet état de fait et de la nécessité absolue de leur contribution personnelle au maintien de la qualité de l'eau et à la prévention des nuisances.
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