La géographie historique et la géographie humaine sont étroitement liées, bien qu'elles mettent l'accent sur différents aspects. La géographie historique considère les aspects de géographie humaine générale (par ex. les structures spatiales, les types de paysages humains, les structures des habitats et des régions, l'aménagement des paysages par l'homme, etc.) dans leur contexte et leur évolution historique. La géographie humaine traite des thèmes similaires en rapport avec le temps présent, tout en tenant compte de l'impact des évolutions historiques et culturelles.
Ce quatrième volet comprend des éléments appartenant aux deux domaines. Les premières unités de texte portent sur des régions qui ont été marquées au cours de leur évolution par certaines caractéristiques ou influences, mais ont largement déterminé le devenir du Canada en général. Les textes ne prétendent cependant pas faire un tour d'horizon complet des thèmes de géographie historique concernant le Canada. Les dernières unités de texte abordent, sans vouloir non plus être exhaustives, quelques aspects propres au Canada qui ont durablement marqué le paysage humain et la société de ce pays.
Bien que personne ne puisse dire comment la géographie est appelée à se développer, ni quelles problématiques joueront à l'avenir un rôle de premier plan, l'association, dans les unités de texte suivantes, de questions de géographie historique et de géographie humaine, en tant que mise en relation du passé avec le présent, permet de penser que la recherche en géographie humaine se nourrira de son passé. Au contraire de l'espace physique, les aspects de géographie humaine ne peuvent souvent être éclairés qu'à la lumière du passé. Le Canada permet particulièrement bien d'illustrer ce fait. En effet, le pays s'est très rapidement développé dès l'arrivée des premiers immigrants, mais ce développement a eu de profondes et durables répercussions, qui permettent de caractériser le Canada comme un espace marqué avant tout par la dépendance des ressources naturelles, des technologies et interconnexions économiques.
Il convient d'évoquer ici un autre aspect important: dans un pays aussi jeune que le Canada, il est compréhensible que les activités humaines aient une autre valeur que dans l'Ancien Monde. L'esprit de pionnier et d'explorateur, la conscience de soi d'hommes qui ont rapidement marqué de leur empreinte un territoire pratiquement vierge, tout cela a contribué à forger chez les Canadiens un sentiment d'identité et de fierté nationale. Il n'est pourtant pas tâche facile de définir ce qu'est en soi le Canadien ou la culture canadienne, en raison des multiples facettes de la société canadienne. C'est là l'une des questions fondamentales du Canada, depuis sa fondation comme nation, en 1867. Il est intéressant de constater à cet égard que les discussions sont plus animées à l'intérieur du pays qu'à l'extérieur. Beaucoup de groupes ethniques, religieux et autres qui composent la nation canadienne, fondent leur identité sur leur région d'origine, leur culture ou leur religion, mais en dehors du pays, ils se définissent très souvent comme étant des Canadiens.
En dépit de cette grande diversité sociale, qui fait l'objet de concepts les plus variés (par ex. mosaïque ethnique, multiculturalisme, etc.), il existe un certain nombre de valeurs et symboles communs, auxquels la plupart des habitants du pays adhèrent, fondant sur eux leur identité nationale. Quelques-uns de ces symboles sont évoqués en suivant.
Le castor. Après s'être rendus compte qu'ils n'avaient pas trouvé l'Orient aux épices si convoitées, les premiers explorateurs du Canada s'intéressèrent rapidement à une nouvelle source de profit économique: le castor. A l'arrivée des Européens, les castors peuplaient l'Amérique du Nord par millions. Comme les bonnets de fourrure étaient très à la mode au tournant du XVIIe siècle, les peaux de castor du Nouveau Monde promettaient de rapporter de grands bénéfices. Le roi de France Henri IV escomptait bien, grâce au commerce des fourrures, agrandir encore sa fortune et établir sur cette base économique une colonie en Amérique du Nord. Il avait vu juste dans ses calculs. Les commerçants en fourrures anglais et français réussirent à vendre leurs peaux de castor sur le marché européen vingt fois plus cher qu'ils ne les avaient payées. Durant la période la plus florissante du commerce des fourrures, plus de 100.000 peaux furent expédiées chaque année en Europe, de sorte que l'espèce était en voie d'extinction au milieu du XIXe siècle. Heureusement, les chapeaux en soie devinrent alors à la mode en Europe, si bien que l'intérêt pour les peaux de castors se mit à décliner et que cette espèce animale fut ainsi sauvée. En raison de son importance dans le processus de colonisation du Canada, le castor est devenu le 24 mars 1975 l'emblème officiel du Canada [1] par une "Loi portant reconnaissance du castor comme symbole de la souveraineté du Canada". Il orne depuis le revers du nickel (pièce de cinq Cents).
L'érable et la feuille d'érable. Les forêts et les arbres ont toujours revêtu une importance particulière tout au long de l'histoire du Canada. Aujourd'hui encore, ils jouent un rôle majeur dans l'économie du pays, mais aussi dans le domaine de l'environnement et l'esthétique des paysages. Parmi tous les arbres canadiens, l'érable occupe une place à part, puisqu'il fournit à la fois un bois précieux et du sirop, et qu'il contribue à la beauté des paysages, surtout lorsque son feuillage prend les couleurs de l'automne. Le bois d'érable [2] est volontiers utilisé dans le domaine de l'aménagement intérieur des maisons, pour la fabrication de parquets en bois, de meubles ou de boiseries. Depuis 1965, la feuille d'érable [3] est l'emblème du drapeau national du Canada, devenant ainsi le symbole national et international du pays. Si l'on en croit les historiens, la feuille d'érable avait déjà caractère de symbole dans le Canada du XVIIe siècle. Entre 1875 et 1901, toutes les pièces de monnaie canadiennes étaient frappées au revers à l'emblème de la feuille d'érable. Aujourd'hui, celle-ci ne figure plus que sur le penny (pièce de un Cent).
La Gendarmerie royale du Canada (GRC). Rares sont les pays pour qui la police est un symbole national. Il en va tout autrement dans le cas du Canada et de la GRC, la "Gendarmerie royale du Canada", fondée en 1873 par le gouvernement canadien sous le nom de "Police à cheval du Nord-Ouest" pour contrôler l'ouest du pays (aujourd'hui le Saskatchewan et l'Alberta). Cette surveillance était bien nécessaire, car l'ouest du Canada était alors l'Eldorado d'affairistes malhonnêtes et sans scrupules, qui échangeaient de l'alcool contre des fourrures, des chevaux et autres biens. Ces affaires louches donnaient fréquemment lieu à des bagarres, et la troupe de police était chargée de faire régner l'ordre et la loi. En 1904, celle-ci reçut l'attribut de "royale" par décret du roi Edouard VII, s'appelant désormais "Police royale à cheval du Nord-Ouest". En 1920, enfin, elle fut rebaptisée "Gendarmerie royale du Canada" (GRC) [4]. Les tuniques écarlates de cette troupe de police devinrent très vite une sorte de symbole national.
Par la suite, ce caractère de symbole s'est reporté de plus en plus sur l'orchestre de la troupe, le fameux Carrousel [5], dont la tâche consistait au départ à apporter un peu de changement au sein de la troupe, mais aussi à divertir et montrer au public les compétences équestres des cavaliers. Les figures de base étudiées étaient inspirées des mouvements traditionnels de cavalerie. Le premier spectacle équestre a été présenté en 1876. La première prestation du Carrousel s'est déroulée en 1887 aux casernes de Regina et en public en 1904. Dans les années 1920/1930, il y avait deux carrousels, l'un à Regina, et l'autre à Ottawa. Les "tuniques écarlates" sont présentes lors de nombreuses manifestations internationales (par ex. l'EXPO 2000 de Hanovre).
Les armoiries du Canada. Les armoiries du Royaume-Uni formèrent, pendant les décennies suivant la création de la Confédération du Canada (1867), l'en-tête de tous les documents officiels. Mais la Confédération revendiqua l'obtention de son propre sceau d'État dès 1868. La première esquisse réalisée rassemblait les armoiries des quatre provinces fondatrices (Ontario, Québec, Nouvelle-Écosse, Nouveau-Brunswick). Cette esquisse ne fut pas acceptée comme sceau d'État, mais fut légitimée après quelques remaniements comme armoiries nationales [6]. Cependant, le nombre des provinces augmentant constamment, le gouvernement posa auprès du roi d'Angleterre une nouvelle requête à laquelle ce dernier accéda. Le Canada obtint ainsi finalement ses propres armoiries, dont la représentation actuelle est de Cathy Bursey-Sabourin.
Le Grand Sceau du Canada. Le Grand Sceau du Canada [7] est apposé sur tous les documents d'État telles que les proclamations, les arrêtés ministériels, les documents officiels des sénateurs, des juges et des hauts fonctionnaires de l'État fédéral. Il a été frappé à l'occasion de l'arrivée au trône de la reine Elisabeth II d'Angleterre, qui est en même temps la reine du Canada. Un nouveau sceau sera frappé pour son successeur.
Le drapeau national canadien. "Le drapeau est le symbole de l'unité nationale, il représente sans aucun conteste possible tous les citoyens du Canada, sans égard à la race, aux idées ou à la croyance". C'est avec ces mots que le porte-parole du sénat canadien, l'Honorable Maurice Bourget, a consacré l'introduction du drapeau canadien [8], le 15 février 1965, à la suite de la proclamation officielle de la reine Elisabeth II d'Angleterre, le 28 janvier. Ce même jour de février, le drapeau fut inauguré officiellement et hissé pour la première fois au parlement d'Ottawa.
L'hymne national. Le Canada est une mosaïque multiethnique. Il n'est donc pas étonnant que les hymnes et autres chansons patriotiques y jouent un rôle social important et expriment le sentiment de fierté nationale des habitants. L'hymne national [9] (auparavant, on jouait l'hymne anglais, comme dans les autres pays du Commonwealth), a été finalement officiellement annoncé le 1er juillet 1980. Mais l'hymne canadien avait déjà été chanté pour la première fois le 24 juin 1880 d'après la musique de Calixa Lavallée. Le texte anglais avait été écrit par le juge Robert Stanley, le texte français par Sir Adolphe-Basile Routhier. Lavallée (1842-1891) est considéré comme le premier "musicien national du Canada".
Les couleurs nationales du Canada. Le rouge et le blanc ont été approuvées comme couleurs officielles [10] du Canada en 1921. Ces couleurs reposent sur l'histoire du pays. A l'époque des croisades, chaque pays se distinguait par la couleur de la croix qui figurait sur ses bannières. La France portait une croix rouge, tandis que l'Angleterre avait choisi une croix blanche. Ces deux nations étant considérées du point de vue historique comme les "nations fondatrices" du Canada, les armoiries du Canada représentaient dès 1957 une feuille d'érable rouge sur fond blanc, et le rouge et le blanc sont devenus en 1965 les deux couleurs de base du drapeau national.
La devise du Canada. Les armoiries nationales comportent la devise du Canada [11], qui est tirée du psaume 72, vers 8, de l'Ancien Testament: "Son empire s'étendra de la mer à la mer, et du Fleuve aux extrémités de la terre". La devise du Canada est: "A Mari usque ad Mare - de la mer à la mer", mais cette extension géographique n'a pas existé dès le début. Le Canada a d'abord été défini, dans l'Acte de l'Amérique du Nord britannique de 1867, comme l'Union Fédérale réunissant les quatre provinces de l'Ontario, du Québec, de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick, "pour ne former qu'une seule et même Puissance (Dominion) sous la couronne du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande". Ce n'est que depuis 1871, date d'entrée de la Colombie-Britannique dans la Confédération, que le Canada s'étend de l'Atlantique au Pacifique.
Autres symboles. Certains concepts, paysages, objets, etc. passent volontiers pour être "typiquement canadiens", et beaucoup d'entre eux forment en effet la base d'un sentiment canadien de fierté et d'identité: citons pêle-mêle la Tour CN [12] et le Skydome [13] de Toronto, le canoë [14], le plongeon huard [15] (oiseau qui orne le dollar canadien), les icebergs flottant à la dérive [16], les chutes du Niagara [17], le sirop d'érable [18], les igloos [19], les bernaches du Canada [20], les ours polaires [21], les caribous [22], les hydravions bi-moteurs de type Twin Otter [23], les ski-doo [24], le multiculturalisme [25], le hockey sur glace [26], etc. Certes, on retrouve beaucoup de ces éléments dans d'autres pays du monde, mais ce n'est pas séparément qu'il faut les considérer: c'est bien plutôt l'ensemble de tous ces aspects qui constitue le caractère spécifique d'un pays et qui a créé dans le cas du Canada différents types de paysages humains.
| DEBUT | MATIERES | VGT SITE |