Unité 4: Québec et le commerce des fourrures

(Grant Head)

Objectifs didactiques: Cette unité de texte poursuit trois objectifs: a) mettre en lumière comment une nation est née des relations entre les Autochtones et les Européens, à partir des petits postes de traite installés le long du fleuve Saint-Laurent; b) présenter une étude de cas de modèles spatiaux de diffusion; c) attirer l'attention sur l'importance des voies de communication pour la géographie du Canada.

Mots-clé: Québec, Saint-Laurent, commerce des fourrures, castors, agriculture, population autochtone, Iroquois, Hurons, diffusion, transports, consommation des ressources naturelles, Montréal, francophone, anglophone.

La colonisation du Canada et le développement des structures sociétales, économiques et régionales du pays reposent essentiellement sur le commerce des fourrures [1], dont l'essor et le déclin sont étroitement liés à l'histoire du Québec. Au cours de trois voyages entrepris entre 1534 et 1541, Jacques Cartier, Français originaire de St. Malo, explora le golfe du Saint-Laurent et le fleuve du même nom, qu'il remonta jusqu'à la hauteur de la ville actuelle de Montréal. Après avoir traversé l'Atlantique en compagnie d'une flotte de pêche française, il trouva tout d'abord un accès vers l'intérieur du continent nord-américain en empruntant le détroit de Belle Isle (situé entre Terre-Neuve et le Labrador), et finit par atteindre la Grande Baie, c'est-à-dire le golfe du Saint-Laurent, laissant sur son passage les postes de dépeçage du poisson aménagés par des baleiniers basques [2] bien longtemps auparavant.

C'est sur les rives sud du golfe du Saint-Laurent, dans la Baie des Chaleurs, qu'il entra pour la première fois en contact avec des groupes d'Autochtones, avec lesquels il échangea de précieuses fourrures contre divers outils et appareils, donnant ainsi naissance au commerce des fourrures au Canada [3]. Plus tard, ce commerce fut organisé un peu plus en amont du fleuve, depuis Tadoussac [4]. Ce poste de traite fondé par Cartier en 1535 devint progressivement une plaque tournante pour le commerce transatlantique contrôlé par les Européens et développé avec les groupes autochtones, qui passaient alors pour les véritables maîtres des voies fluviales. Le fleuve Saguenay constituait le principal accès à l'intérieur du pays, en passant par le lac Huron.

Au début du XVIIe siècle, les contacts entre l'Europe et l'Amérique du Nord s'intensifièrent considérablement, en grande partie grâce à Samuel de Champlain [5] et aux marchands de fourrures dont il s'était entouré. Ceux-ci s'installèrent tout d'abord dans la Baie de Fundy [6] (entre la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick), avant de fonder en 1608 la ville de Québec [7] stratégiquement si importante. C'est de là que l'accès au continent nord-américain par le Saint-Laurent [8] était le mieux contrôlable. Désormais, les Amérindiens acheminèrent jusqu'à cette nouvelle colonie les fourrures provenant d'un immense territoire de chasse qui s'étendait jusqu'au coeur du continent, en empruntant la rivière Ottawa et ses affluents, et d'autres systèmes fluviaux [9] reliés aux premiers par portage.

Contrairement à l'opinion très répandue selon laquelle le commerce des fourrures profitait exclusivement aux Européens, l'intérêt que portaient les Amérindiens aux objets d'échange tels que haches, chaudrons, couteaux et vêtements, était au moins aussi vif, sinon plus. Ce désir d'entrer en possession de tels objets entraîna une concurrence toujours plus vive entre les différents groupes d'Amérindiens, Algonquins, Hurons, Iroquois, etc., qui voulaient tous acquérir les plus grandes parts du commerce avec les Européens. Les Iroquois réussirent à développer au sud du Lac Ontario un propre réseau de commerce avec des postes de traite hollandais situés le long du fleuve Hudson, ce qui les mit en concurrence avec d'autres groupes, tous se battant pour les meilleures zones riches en castors.

La chasse au castor étant relativement facile, une surexploitation de cette espèce animale était déjà sensible à cette époque. Les chasseurs se virent donc obligés de se déplacer toujours plus vers l'ouest, et les distances entre leurs territoires de chasse et les postes de traite du Saint-Laurent s'agrandirent progressivement. Lorsque leurs territoires de chasse situés au sud du Lac Ontario furent pratiquement épuisés, les Iroquois envahirent au moyen d'armes à feu le territoire des Hurons et massacrèrent presque totalement en 1640 cette tribu déjà très affaiblie par des maladies contagieuses. Jusqu'à cette date, les Hurons avaient été les principaux partenaires des Européens pour le commerce des fourrures du Saint-Laurent, acheminant jusqu'à Montréal les fourrures et peaux provenant des immenses territoires du nord et de l'ouest du pays. En outre, ils jouaient un rôle très important dans l'approvisionnement des nombreux hommes qui transportaient les fourrures sur leurs bateaux, à travers tout le continent [10].

Par la suite, les Français contrôlèrent le transport sur les longues voies d'eau, ce qui les obligeait à assurer l'alimentation d'une population toujours plus importante. On s'efforça alors de coloniser les Basses terres du Saint-Laurent. Aux coureurs des bois [11] et marchands-voyageurs [12] revint la tâche importante de prospecter les lieux à la recherche de nouvelles voies navigables en canoë donnant accès à l'ouest du pays [13]. Jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, un gigantesque empire commercial s'étendant jusqu'aux Prairies canadiennes s'était ainsi édifié, grâce à l'utilisation des voies fluviales.

Entre-temps, une deuxième puissance commerciale était née: la Compagnie de la Baie d'Hudson [14], fondée en 1670. Pendant plus d'un siècle, cette société organisa pour le compte de l'Angleterre le commerce des fourrures, installant des postes de traite très dispersés. La constante extension de cet empire commercial [15] déclencha vers la fin du XVIIIe siècle des conflits avec les sociétés opérant depuis les Basses terres du Saint-Laurent (même si ce territoire était aussi sous contrôle britannique depuis 1763). En 1821, ces deux empires commerciaux fusionnèrent, faisant du Saint-Laurent le principal axe de transport du pays. Ce cours d'eau peut être considéré à juste titre comme le berceau de la nation canadienne.

Jusque vers 1660, les quelques rares habitants des Basses terres du Saint-Laurent étaient essentiellement des hommes chargés d'organiser le commerce. Pour consolider ces activités commerciales, le gouvernement français redoubla d'efforts en vue d'une colonisation systématique à partir de la fin des années 1660. Des bases militaires [16] furent aménagées et on fit venir les "filles du roi" [17] des orphelinats de Normandie afin de fonder au Nouveau Monde une colonie prospère. L'ordre social de cette société est désignée du nom de régime seigneurial, un régime que l'on peut résumer comme suit: accorder à des entrepreneurs qu'on appellera seigneurs, une portion plus ou moins grande de terre pour y établir des habitants, en fixant d'avance et d'une façon précise des droits et devoirs réciproques dont l'Etat se réserve la surveillance minutieuse. Dans ce régime, les habitants, appelés censitaires, étaient assujettis à de nombreux devoirs vis-à-vis du seigneur, mais disposaient par ailleurs de grandes libertés quant à l'exploitation des terres. Le clergé catholique y joua au début un rôle important. Vers le milieu du XVIIIe siècle, la population de la Nouvelle-France, caractérisée par une forte natalité, atteignait près de 60.000 habitants.

Le Traité de Paris (1763), qui mit fin à la Guerre de Sept ans (aussi appelée guerre de la Conquête), scella le destin de la Nouvelle-France. Celle-ci revint à l'Angleterre, mais de nombreuses concessions furent faites à la population française établie sur les Basses terres du Saint-Laurent, lui permettant de préserver maints aspects culturels comme le droit civil français, la langue, mais aussi avant tout la religion catholique - ce malgré un important mouvement anti-papiste propagé parmi les Anglais. Le régime seigneurial lui-même survécut au changement et se vit même renforcé par la nouvelle situation politique. Mais surtout, les villes connurent un nouveau développement: beaucoup d'entrepreneurs anglais venus de métropole ou de la Nouvelle-Angleterre voisine s'y installèrent, et un nouvel essor économique [18] s'ensuivit. Vers le milieu du XIXe siècle, près de la moitié des habitants de Montréal et de Québec [19] étaient déjà anglophones. Un net cloisonnement linguistique séparait Francophones et Anglophones. Cette séparation était moins accentuée du point de vue de la religion, car la plupart des Anglophones de la classe moyenne et ouvrière venaient d'Irlande et partageaient donc le catholicisme de la population francophone.

Le XIXe siècle sonne le déclin du commerce des fourrures, qui a cependant durablement marqué le paysage humain canadien. Dès lors, on assiste au passage de la société canadienne de la ruralité à une urbanisation toujours plus poussée, du moins dans l'est du Canada, où le processus de colonisation était déjà presque achevé, à la différence de l'ouest du pays. La fondation du Canada en tant que nation, en 1867, s'inscrit dans cette importante phase de changements sociétaux et économiques.

Questions et devoirs: Quiz interactif

[1] http://www.nlc-bnc.ca/2/24/h24-1501-f.html (25.09.2002)
[2] http://www.labradorstraits.net/home/index.php?id=7 (25.09.2002)
[3] http://www.civilization.ca/vmnf/explor/explor_f.html (25.09.2002)
[4] http://champlain.expomediatour.ca/region/gaspe.cfm (25.08.2003)
[5] http://www.civilization.ca/vmnf/explor/champ_f1.html (25.09.2002)
[6] http://www.civilization.ca/vmnf/explor/champ_fm.html (25.09.2002)
[7] http://www.civilisations.ca/vmnf/expos/champlain/bat2_fra.html (25.09.2002)
[8] http://www.civilization.ca/vmnf/explor/cham2_fm.html (25.09.2002)
[9] http://www.parcscanada.gc.ca/parks/quebec/fourrure/f/galerie/frame_galerie_f.html (25.09.2002)
[10] http://www.canadiana.org/hbc/intro_f.html (25.09.2002)
[11] http://www.civilization.ca/vmnf/popul/coureurs/marchand.htm (25.09.2002)
[12] http://www.civilization.ca/vmnf/popul/coureurs/index.htm (25.09.2002)
[13] http://www.gov.mb.ca/chc/archives/hbca/about/hbcafr.html (25.08.2003)
[14] http://www.manitobamuseum.mb.ca/mu_hudson_bay.html (25.08.2003)
[15] http://www.gov.mb.ca/chc/archives/hbca/resource/cart-rec/postmap/hbc_c.html (25.09.2002)
[16] http://www.civilization.ca/vmnf/popul/habitant/index-f.htm (25.09.2002)
[17] http://www.civilization.ca/vmnf/popul/filles/s-fil-fr.htm (25.09.2002)
[18] http://vieux.montreal.qc.ca/histoire/cv_vic.htm (25.09.2002)
[19] http://www.irpp.org/ferrabee/archive/0103.htm (25.09.2002)

DEBUT MATIERES VGT SITE