Unité 8: Evolution du paysage humain et typologie régionale

(Holly Innes)

Objectifs didactiques: Le champ d'études de la géographie humaine englobe entre autres les problématiques suivantes: la classification des paysages en différents types, l'analyse régionale, l'action de l'homme sur les paysages, l'identification des spécificités du paysage humain, etc. Certains de ces aspects seront abordés dans cette unité de texte en vue de caractériser le paysage humain du Canada.

Mots-clé: paysage humain, types de villes, formes d'habitat, "frontière pionnière" (limite des terres cultivées), système de positionnement global (GPS = Global Positioning System), agriculture de précision, paysages naturels, villes minières, villes de ressources naturelles.

L'évolution du paysage humain est sans conteste le résultat de l'action de l'homme, qui a modelé et modifié de bien des façons l'espace naturel en fonction de ses besoins économiques, de ses capacités technologiques et des structures sociétales. Au Canada, la colonisation agricole du pays peut être considérée comme la première phase d'aménagement de l'espace par l'homme, tandis que les phases antérieures d'évolution (cultures indiennes, commerce des fourrures, pêche) ont plutôt été marquées par des formes d'adaptation de l'homme à son environnement naturel. Les Prairies canadiennes [1] sont l'exemple par excellence de cette phase de colonisation agricole: elles sont considérées aujourd'hui dans le monde entier comme un paysage humain "typiquement canadien". La colonisation [2] y débuta dans la deuxième moitié du XIXe siècle et aboutit, en l'espace de quelques décennies seulement, à une complète transformation du paysage naturel [3]. En 1931, le Canada était un pays encore essentiellement agricole: plus de la moitié de la population active travaillait dans le secteur agricole. Mais dès 1941, ce dernier ne rassemblait plus que 27 % de la population active, pour chuter à 5 % en 1981. Aujourd'hui, moins de 3 % [4] seulement de la population active travaillent dans ce secteur.

Cependant, de nombreuses régions du Canada restent encore marquées à l'heure actuelle par l'agriculture. Ce qui a surtout changé sont les techniques utilisées. Cela ne concerne pas uniquement les provinces céréalières de l'ouest du pays: même l'Île-du-Prince-Édouard, la plus petite province du pays, située dans le golfe du Saint-Laurent, est touchée par le changement [5]. L'île est connue pour sa culture de la pomme de terre (on l'appelle quelquefois familièrement "l'île aux patates"). Les principaux travaux de culture de la pomme de terre: la plantation, les soins apportés aux plants, la récolte, n'ont pas changé par rapport au passé [6], mais bien les techniques [7] utilisées pour les réaliser. Au début du XIXe siècle, la culture de la pomme de terre demandait encore beaucoup d'heures de travail. Aujourd'hui, elle est pratiquée avec les techniques les plus modernes [8], allant jusqu'au système de positionnement global (GPS = Global Positioning System), pour parvenir à l'exploitation la plus rationnelle et économique possible, dans le sens d'une agriculture de précision. Les modes et techniques d'exploitation ont donc radicalement changé par rapport à autrefois, même si le paysage agricole présente extérieurement toujours le même visage.

Le paysage humain des villes du Canada a des particularités que l'on ne retrouve nulle part ailleurs. Le "Jardin de Musique [9]" de Toronto, inauguré en 1999, est unique au monde et se range parmi les curiosités. Le violoncelliste de réputation mondiale Yo-Yo Ma s'est inspiré de la Suite N&#deg; 1 pour violoncelle de Jean-Sébastien Bach pour concevoir le plan de ce parc, en collaboration avec la paysagiste Julie Moir Messervy, et interprète à travers l'aménagement du parc [10] le premier mouvement de la Suite. Chaque rythme de danse correspond à une partie du jardin. Les nombreux petits ports de pêche des provinces maritimes de la façade atlantique passent pour un élément typique du paysage urbain du Canada. Peggy's Cove [11], en Nouvelle-Écosse, jouit d'une renommée particulière: environ 100 habitants seulement y vivent à demeure, mais chaque été, des milliers de visiteurs l'envahissent journellement. Ce petit port de pêche, fondé en 1881 par six familles, a été baptisé du nom d'une jeune fille de 15 ans, Margaret, qui fut sauvée d'un naufrage sur le récif d'Halibut par les habitants du lieu, tandis que ses parents périrent noyés. La légende veut que l'esprit de Peggy (Margaret) y vive toujours.

Peggy's Cove est l'un des sites du Canada les plus photographiés. Construit sur une petite baie, il a longtemps servi de refuge, en cas de tempête, aux bateaux en perdition, grâce à son fameux phare érigé sur un imposant bloc de granit. Ce phare, l'unique de toute l'Amérique du Nord, sert en même temps de bureau de poste. Peggy's Cove est sans aucun doute une attraction touristique, mais aussi en même temps une facette du paysage humain du Canada que l'on retrouve un peu partout dans les provinces maritimes.

Les villes situées près de ce qu'on appelle la "frontière pionnière", par ex. dans les régions isolées d'industrie minière au-delà de l'espace habité en permanence, dans la ceinture de la forêt boréale ou dans l'Arctique, sont un autre élément typique du Canada. Elles ont très tôt fait partie du paysage humain du pays. Les débuts de l'industrie forestière [12], accompagnés d'un développement des habitats permanents, remontent au milieu du XVIIe siècle. Jean Talon, alors gouverneur de la colonie de la Nouvelle-France (qui deviendra ensuite la province du Québec), avait fait aménager dès 1665, sur l'ordre du roi de France, les premiers habitats abritant des bûcherons, pour pouvoir en particulier fournir du bois de construction à la métropole française. Au XVIIIe siècle, les deux tiers des profits à l'exportation du Québec revenaient à l'exportation du bois. Dans plus de 100 scieries, le bois de construction était traité et exporté essentiellement vers l'Europe et le nord-est des USA. Au XXe siècle, l'industrie du bois de construction a reculé de plus en plus, cédant la place à l'industrie du papier et de la cellulose. La province du Québec est devenue l'un des principaux centres mondiaux de ce secteur industriel. Cette évolution a également nettement marqué de son empreinte le paysage humain du pays.

Bien des villes minières sont aussi considérées comme étant "typiquement canadiennes". Elles sont souvent aménagées sur des sites très reculés, "au milieu de contrées sauvages", et vivent très souvent de la seule matière première extraite sur les lieux. C'est pourquoi on les appelle souvent pour les caractériser "villes d'industrie unique". Selon la ressource naturelle, on parle, à l'instar de R. E. Lucas, de villes minières, de villes d'industrie forestière ou de villes ferroviaires, pour définir ces "villes de ressources naturelles". Snow Lake [13], dans le Manitoba, en est un bon exemple: cette ville d'aujourd'hui environ 1400 habitants s'est développée dans les années 1950 au milieu des forêts qui couvrent le nord du Manitoba, après qu'on y ait découvert d'importants gisements de minerai, qui forment depuis la base de ses activités économiques.

Mais tous ces éléments du paysage humain ne formeraient pas le Canada sans le grandiose paysage naturel, encore assez peu marqué par la main de l'homme, dans lequel ils s'inscrivent. On pense tout de suite à l'impressionnante chaîne de haute montagne [14] des Cordillères, dans l'ouest du pays, avec les montagnes orientées nord-sud de Monashee, Columbia, Selkirk et Purcell, qui s'étendent à l'est jusqu'aux Montagnes Rocheuses. Quatre parcs nationaux [15], les parcs de Jasper, Banff, Kootenay et Yoho, ont été aménagés dans cette région. Ils abritent les plus importantes populations de chèvres des montagnes d'Amérique du Nord, ainsi que le wapiti, le caribou, l'ours, le grizzli, le coyote, le loup, l'aigle, et beaucoup d'autres espèces d'une faune incomparable. A l'autre extrémité du pays, le paysage humain de Terre-Neuve, essentiellement marqué par la pêche, s'inscrit aussi dans un grandiose cadre naturel, caractérisé en particulier par les nombreux icebergs [16], de vrais palais de glace de quelquefois 10.000 ans d'âge, qui dérivent majestueusement le long des côtes de l'île. Ces icebergs sont de dimensions très variables: ils peuvent peser quelques milliers seulement ou bien quelques millions de tonnes. De toute façon, on n'en voit que la partie supérieure, le fameux "sommet de l'iceberg", qui représente près d'un dixième du bloc de glace tout entier. Des centaines de ces sculptures monumentales dérivent chaque année vers le sud, depuis les glaciers de l'Arctique et du Groenland, le long des côtes de Terre-Neuve, formant un panorama unique au monde, avant de fondre dans des eaux plus chaudes (parfois au bout d'un an seulement).

Le Grand Nord arctique [17] est la région du Canada qui a été la moins transformée par l'homme. Ce monde en soi inhospitalier offre l'un des plus beaux paysages du pays, comme le visiteur qui emprunte la Piste du Caribou [18] peut s'en convaincre. La population autochtone des Inuits qui y vit a su exploiter cet espace naturel sans le modifier. Elle a développé des formes d'art (sculpture, peinture, etc.) exprimant de façon toute particulière et incomparable le caractère de ce paysage. Ces formes d'art simples mais très expressives s'inspirent uniquement de l'observation de l'environnement naturel. De nombreux artistes, entre autres le Groupe des Sept, ont puisé leur inspiration de la beauté sauvage du paysage canadien.

Il peut paraître étonnant que cette unité, en soi consacrée à l'évolution du paysage humain au Canada, aborde également quelques particularités du paysage naturel, mais c'est là l'une des caractéristiques essentielles du pays, qui le distingue par ex. des pays d'ancienne colonisation du continent européen. Le Canada est un exemple type du Nouveau Monde, voire l'exemple par excellence, parce qu'il est situé à la bordure de l'œkoumène, donc à la limite de la terre habitée et inhabitée, dite l'anœkoumène. Même si le partage de la terre des philosophes de la Grèce antique n'est pas juste dans cette délimitation catégorique, c'est précisément la façon dont l'homme a modelé à ses fins un paysage humain au coeur de cette région de fin d'œkoumène qui rend ce pays si fascinant.

Questions et devoirs: Quiz interactif

[1] http://collections.ic.gc.ca/soilandwater/pr4.htm (25.08.2003)
[2] http://www.alittlehistory.com/ZContent.htm (27.09.2002)
[3] http://collections.ic.gc.ca/wawanesa/E/gallery/ag.html (27.09.2002)
[4] http://www.statcan.ca/francais/Pgdb/labor21a_f.htm (27.09.2002)
[5] http://collections.ic.gc.ca/potato/thennow/pei1.asp (27.09.2002)
[6] http://collections.ic.gc.ca/potato/history/19thPEI.asp (27.09.2002)
[7] http://collections.ic.gc.ca/potato/scitech/harvests.asp (27.09.2002)
[8] http://collections.ic.gc.ca/potato/scitech/gps.asp (27.09.2002)
[9] http://www.city.toronto.on.ca/parks/music_index.htm (27.09.2002)
[10] http://www.city.toronto.on.ca/parks/musicpan3.htm (27.09.2002)
[11] http://www.tourcanada.com/pegcove.htm (27.09.2002)
[12] http://www.statcan.ca/english/about/jt.htm (27.09.2002)
[13] http://www.snowlake.com/ (27.09.2002)
[14] http://www.bcrockies.com/adventure/index.html (27.09.2002)
[15] http://www.westerncanadatravel.com/canadianrockies.htm (27.09.2002)
[16] http://parkscanada.pch.gc.ca/parks/alphapf.htm (27.09.2002)
[17] http://www.collectionscanada.ca/nord/index-f.html
[18] http://yukonweb.com/community/caribou/ (27.09.2002)

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